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Les opposants à la réforme des retraites se sentent lâchés par l'UDC

Les adversaires du projet d’Alain Berset tardent à entrer en campagne. Certains élus du PLR craignent que l’UDC en fasse le moins possible

A deux mois de la votation sur la réforme des retraites «Prévoyance vieillesse 2020», la campagne est étonnamment calme, notamment dans le camp des adversaires. Au sein du PLR, certains s’inquiètent beaucoup de la passivité de l’UDC, comme le Valaisan Philippe Nantermod.

Très engagé puisqu’il croisera plusieurs fois le fer avec le président du PS, Christian Levrat, lors de divers débats, le vice-président du PLR s’alarme du manque de motivation qu’il constate à l’UDC. «Je suis déçu de son attitude si passive, elle qui est tout de même le premier parti du pays. Ce manque d’engagement me semble irresponsable compte tenu de l’enjeu de la réforme qui se chiffre en dizaines de milliards.»

«Attitude irresponsable»

C’est probablement la votation la plus importante de la législature. Après un marathon de quatre ans de travaux, le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, soumet au peuple sa réforme conjointe de l’AVS et de la prévoyance professionnelle le 24 septembre prochain. Age de référence de la retraite fixé à 65 ans pour les hommes et les femmes, baisse du taux de conversion de 6,8 à 6% dans le 2e pilier, le tout financé en partie par une hausse de la TVA de 0,6%. Pour faire passer la pilule, le parlement a augmenté de 70 francs la rente mensuelle de l’AVS des futurs nouveaux rentiers.

Ce dernier point est une ligne rouge que l’UDC a refusé de franchir. Le 24 juin dernier, son comité élargi a confirmé cette position à la quasi-unanimité. Cela dit, l’UDC n’a toujours pas soumis ce thème à son assemblée des délégués, qui ne tranchera que le 26 août prochain à Thoune. «J’ai l’impression que l’UDC sent qu’elle n’a pas grand-chose à gagner électoralement dans ce débat et qu’elle n’a pas trop envie de se retrouver dans le camp des méchants», ajoute Philippe Nantermod. Le Valaisan n’est pas le seul PLR à se sentir lâché par l’UDC, mais les autres ne veulent pas être cités.

Electorat agrarien déchiré

Pourquoi cette passivité, que conforte le fait que le stratège en chef Christoph Blocher ne participera à aucun débat ainsi que l'a révélé la NZZ am Sonntag? L’UDC craindrait-elle que ses troupes ne désavouent ses leaders?

Lors des votations, la base du parti s’est souvent montrée plus sociale que sa direction – désormais en mains très libérales – qui, elle, n’hésiterait pas à prôner des mesures draconiennes comme l’augmentation de l’âge de la retraite pour assainir les comptes de l’AVS. En 2015, un électeur UDC sur trois a soutenu l’initiative AVSplus, qui réclamait une hausse des rentes de 10%. En 2010, 73% des votants UDC avaient rejeté la baisse du taux de conversion dans le 2e pilier. En ce qui concerne l’actuelle campagne, il est certain que l’électorat agrarien du parti ne restera pas insensible au mot d’ordre de l’Union suisse des paysans (USP), qui approuve le projet.

Dans le camp des opposants, on dément cette analyse des faits. A la tête du PLR tout d’abord: «Nous travaillons très étroitement avec l’UDC et nous n’avons aucune raison de nous plaindre», souligne Matthias Leitner, chef de campagne au PLR. Les opposants à la réforme, dont la conférence de presse n’est pas encore agendée, tablent sur une campagne courte et efficace. Sous la bannière de «l’Alliance des générations», ils veulent convaincre le peuple que «la hausse irresponsable et non ciblée de l’AVS trahit les jeunes et les retraités actuels», sans résoudre les problèmes de cette assurance à long terme.

Reproches «infondés»

Pour le président de l’UDC, Albert Rösti, les reproches sur la présumée passivité de son parti sont totalement infondés. «Dans ce débat, notre position a toujours été claire et je pense que les délégués la confirmeront le 26 août à une forte majorité», affirme-t-il. Quant à Christoph Blocher, son absence à ce débat spécifique n’a rien d’exceptionnel: «Lorsqu’il s’est retiré du parlement, il a souligné qu’il ne se concentrerait plus que sur le dossier européen», ajoute Albert Rösti.

Ce qu’il ne dit pas, c’est que la plupart des ténors du parti resteront sur la touche dans cette campagne, à l’exception de l’ex-président Toni Brunner. Ceux qui combattront la réforme seront Alex Kuprecht (SZ), Sebastian Frehner (BS) et Thomas de Courten (BL). Même outre-Sarine, le grand public ne les connaît pas.

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