Or bleu et construction, la dot d’une fusion

Valais Quatre des six communes de Crans-Montana envisagent de fusionner

En jeu, questions identitaires et richesses à partager

La salle de gym de Chermignon était pleine jeudi soir. 450 personnes ont participé à la première séance d’information sur le processus de fusion de quatre des six communes qui composent la station de Crans-Montana: Randogne, Montana, Chermignon et Mollens. Depuis le mariage des communes du val d’Anniviers, il y a dix ans, c’est le projet de fusion le plus important du Valais romand.

«Je suis domicilié sur la commune de Chermignon, village de Chermignon-d’en-Bas», annonce en riant l’un des participants. A sa suite, tous les orateurs plaisantent sur le morcellement identitaire et structurel de ce territoire de 6000 hectares, appelé à devenir une seule commune. Il regroupe une partie de la station de Crans-Montana mais aussi de nombreux petits villages de moyenne altitude. «Je suis Française, j’habite à Crans-Montana et je crois que le terrain appartient à la commune de Randogne», enchaîne une femme, relativisant soudainement ces questions identitaires.

Pour garantir le respect de chacune des communes, le projet de fusion prévoit notamment le maintien des bourgeoisies actuelles et le soutien aux nombreuses fêtes traditionnelles villageoises. Reste encore à définir le nom et les armoiries de la nouvelle collectivité. Et à accepter qu’il n’existe pas de moyens légaux pour garantir que chaque commune sera représentée par un élu dans la nouvelle entité.

Derrière la possible querelle identitaire se cache aussi une réalité économique. La fusion, ce pourrait être la fin de la proximité existant entre les élus et les entrepreneurs locaux, un fait souligné parmi les inconvénients de la fusion sous la rubrique travaux publics, comme une «perte de proximité et une plus grande ouverture du marché public pour les entreprises employées par les anciennes communes». Comprenez que la fusion en une seule entité de 10 000 habitants diminuera l’accès privilégié des entrepreneurs locaux à certains mandats de construction, par exemple. La fusion, c’est donc peut-être la fin d’une certaine manière de concevoir l’économie micro-locale, mais aussi l’ouverture de nouvelles possibilités pour certains entrepreneurs qui souffrent du tassement sur le marché de la construction en montagne.

«Que va-t-il advenir du projet de centre aquatique à Crans-Montana si nous votons la fusion?» demande un homme dans la salle. Jean-Claude Savoy, président de Chermignon, prend le micro. «La fusion ne changera rien parce que le projet est porté par l’association des six communes de Crans-Montana», explique-t-il.

A l’origine, les six communes qui possèdent des terrains dans la station devaient se réunir en une seule entité. Mais, en 2011, Icogne et Lens ont refusé le lancement même de l’étude de fusion, pour des raisons économiques et identitaires. «J’aurais tellement aimé cette fusion à six», regrette un entrepreneur dans la salle. L’union à quatre devra donc ménager la vingtaine d’accords associatifs, touristiques, sécuritaires qui unissent les six communes de la station. La fusion ne devra pas diminuer, dans ces collaborations, le poids politique des quatre communes qui s’unissent.

«Nous nous préparons pour un mariage, d’amour certes, mais aussi de raison», relève une femme. «En ce sens il convient de considérer la dote de chacun. Randogne, Montana et Chermignon disposent d ’une fortune par habitant , alors que Mollens a une dette de 3500 francs par habitant», dit-elle. Mollens est la plus petite des communes avec quelque 900 habitants. Ce n’est qu’à la fin de la séance que son président, Stéphane Pont, s’est levé pour défendre sa commune. «Qu’allez-vous donc faire avec Mollens?» demande-t-il à l’assemblée. «Nous avons une dette par habitant et nous nous en excusons. Nous n’avons pas la chance d’avoir vos forfaits fiscaux», Mollens ne possédant pas de terrains dans les zones attractives pour les riches étrangers. «Par contre, nous avons le plus grand projet d’aménagement du territoire en cours dans la région.» Stéphane Pont fait allusion au village touristique en construction à Aminona, porté par des investisseurs russes. «Et puis, n’oubliez pas que Mollens apportera les ressources en eau qui manquent aux autres communes», conclut-il.

Argent, terrains à bâtir et or bleu, une vision crue d’une union basée sur un échange marchand. Sans pour l’instant discuter véritablement de la manière dont il faudra gérer en commun les enjeux économiques et les ressources disponibles.

«Qu’allez-vous donc faire avec Mollens? Nous avons une dette par habitant et nous nous en excusons»