Ottaviano del Turco persiste et signe. Jeudi soir à la TV tessinoise, il a réitéré ses attaques contre le laxisme suisse dans la lutte antifraude – notamment à propos du trafic de cigarettes, souvent lié à des mafias dangereuses. Le ministre italien des Finances a lâché une petite bombe: le traité bilatéral d'entraide judiciaire, qui attend toujours sa ratification par le parlement italien, sera «réexaminé» à la lumière des événements récents – allusion claire au scandale du «Ticinogate».

Cette déclaration est d'autant plus significative qu'elle suivait de quelques heures à peine une protestation officielle adressée par le Conseil fédéral à Rome. Les critiques contre la Suisse sont «injustifiées», estime le gouvernement suisse, qui juge satisfaisant le fonctionnement de l'entraide judiciaire et demande précisément une ratification accélérée du traité d'entraide judiciaire.

La protestation de Berne visait une première interview d'Ottaviano del Turco dans la Sonntagszeitung du 13 août. Le ministre italien des Finances et ex-président de la commission antimafia y attaquait durement la Suisse – «oasis des trafiquants et de l'évasion fiscale» – et son secret bancaire. Après ses derniers propos, on peut déjà conclure que la vertueuse indignation de Berne restera sans effet avant même que son écho ait atteint Rome.

La pression italienne augmente alors que l'Union européenne (UE) ouvre une nouvelle négociation sur le thème très sensible de la fraude et de l'évasion fiscale. La Suisse aimerait obtenir des avantages en contrepartie d'éventuelles concessions, l'UE n'y semble pas prête. A Berne, on n'exclut pas que la ratification retardée de l'accord italo-suisse d'entraide judiciaire débouche sur des pressions plus importantes, concernant cette fois la ratification des accords bilatéraux Suisse-UE.