C'était l'un de ces projets modèles qui mettent un peu de sérénité dans le cœur des organisateurs d'Expo.02. Les concepteurs d'«Identités mobiles» furent parmi les premiers à embarquer à l'Expo. Dans leur besace, un projet construit autour du thème des racines, du lien entre identité et territoire et de sa remise en question; un projet pour lequel Jean Nouvel a conçu un pavillon, collé aux remparts de Morat. La Fondation Braillard fut surtout parmi les rares concepteurs à arriver en tenant un sponsor par la main. En janvier 2000, un contrat était signé entre Orange Communication et la manifestation pour le financement de cette exposition. Mais voilà: à peine plus d'un an avec l'ouverture de la fête, le partenaire, qui a entre-temps matériellement contribué à la gestation «d'Identités mobiles», se retire subitement. Pour l'Expo, le choc est double: en partant, l'entreprise laisse un orphelin à 9,2 millions de francs. Elle crée aussi un précédent du côté des expositions réputées «assurées», parce qu'au bénéfice d'un contrat de sponsoring signé, et qui, à ce titre, constituait les piliers du programme de base que l'Expo a établi en décembre.

La nouvelle a surpris tout le monde, à commencer par Ola Söderström, président de la Fondation Braillard Architectes: «Depuis le début, la présence d'Orange n'a jamais été remise en cause. Une collaboration étroite s'était établie entre eux et nous. Le projet en porte d'ailleurs la marque, compte tenu de l'attention que nous portions à maintenir l'équilibre entre leurs aspirations et les nôtres.» De son côté, Orange confirme un élan enthousiaste au sein de l'entreprise: «Mais les investissements se sont révélés trop lourds par rapport à l'impact et aux bénéfices à long terme de cette participation», précise le communiqué. Et la porte-parole Therese Wenger d'ajouter: «Nous préférons une communication plus directe avec notre clientèle.» Il est vrai que le projet «Identités mobiles» est budgété à 9,2 millions de francs: «En réalité, cela représente un investissement de 15 millions, affirme Therese Wenger. Pour profiter de cette présence, il faut mettre toute une structure en place.»

«Une décision qui n'a rien

à voir avec l'Expo»

Mais tant Ola Söderström que l'Expo ne se satisfont pas de l'explication officielle d'une décision qui «n'a en réalité rien à voir avec l'Expo, ni avec le contenu du projet», selon l'architecte. Et Laurent Paoliello de remarquer: «Rien n'a changé depuis la signature du contrat. Comment justifier aujourd'hui que cet investissement ne correspond pas à la ligne de communication de l'entreprise, tout en se disant enthousiaste?» L'un et l'autre pointent une autre raison à ce retrait inopiné: «Il s'agit d'une multinationale. Et la décision, qui émane du conseil d'administration, est intervenue deux jours après qu'Orange a pris connaissance des mauvais résultats de son entrée en Bourse», relève l'architecte. Il affirme que la direction de l'opérateur reste persuadée qu'en termes de communication, cette présence à l'Expo allait dans le bon sens. «D'ailleurs les gens avec qui nous travaillions sont aussi déçus que nous.»

A ce stade, le climat est plutôt tendu entre Expo.02 et son ex-partenaire. Tout en démentant que la signature de ce qu'elle qualifie de «précontrat» l'obligeait à rester, Orange prend les devants, précisant qu'elle est prête à «répondre de sa décision devant les tribunaux»: «Nous sommes conscients que l'Expo est en mauvaise posture. Nous devons nous attendre à ce genre de démarche de sa part», justifie Therese Wenger. Mais son homologue à l'Expo tique sur cette précision, s'étonnant que l'opérateur n'envisage même pas le dialogue. Reste que les organisateurs sont prêts à aller jusqu'au bout, quitte à répondre à «l'invitation» d'Orange: «Nos services juridiques se sont emparés du sujet», précise Laurent Paoliello. Si l'entreprise refuse de revenir sur sa décision, nous exigerons un dédommagement en rapport avec le tort causé.»

Attaques dénoncées

Autre signe que les rapports se sont dégradés: dans son communiqué, Orange «dénonce les récentes attaques de la direction d'Expo.02 dirigées contre les entreprises ayant finalement opté pour une non-participation». «Orange a raison, répond Laurent Paoliello. Les partenaires potentiels ont évidemment le droit de n'être pas intéressées par l'Expo. Nous ne les jugeons pas. Pour autant qu'elles osent dire non d'entrée de jeu.»