Urbanisme

Orbe promet un quartier qui fera du bénéfice

Pour convaincre les citoyens divisés face à la croissance démographique, une municipalité vaudoise fait une démarche inhabituelle avant une votation sur un projet controversé

Un quartier qui produit un bénéfice. C’est la promesse inhabituelle que fait la municipalité d’Orbe (VD), en espérant convaincre les électeurs. A la suite d’un référendum, ceux-ci votent le 9 décembre sur un projet important et controversé de développement urbain.

Situé au pied de la petite ville du Nord vaudois, dans une boucle du train, le quartier de Gruvatiez Est comptera au total 1200 habitants. La localité en compte aujourd’hui un peu moins de 7000.

Le «bénéfice de fonctionnement» est chiffré: 650 000 francs par an dès le début de la réalisation, soit près de 10 millions d’ici à 2030, date de son achèvement. Le calcul émane de la société i Consulting, mandatée par la municipalité. «Une démarche encore assez rare», précise François Yenny, associé de cette société d’analyse et de conseil immobilier.

200 nouveaux élèves

Le bénéfice promis résulte de la différence entre les coûts à charge de la commune et le revenu fiscal des nouveaux habitants, compte tenu de la part des équipements communautaires assumée par le promoteur.

Les charges proviennent des accès routiers au quartier, de son équipement en eau et surtout de la nécessité de créer six classes primaires et trois classes secondaires pour les 200 élèves scolarisés attendus. Le calcul des recettes se base sur des habitants de classe moyenne et moyenne supérieure, dont le revenu se situera dans le haut de celui des actuels ménages d’Orbe. La part de logements sociaux dans le futur ensemble n’est pas encore définie.

Faible marge d’erreur

Grande responsabilité d’assurer avant un référendum qu’un quartier sera rentable! «C’est vrai, répond François Yenny, qui menait pour la première fois une étude de ce type à une telle échelle. C’est pourquoi nous sommes partis sur des hypothèses prudentes.»

La marge d’erreur est faible, assure-t-il, pour les éléments qui se calculent sur la base d’un barème, comme la contribution sur les équipements communautaires ou les contributions par habitant. Elle est plus grande pour ce qui tient à la marche des affaires du promoteur-propriétaire des terrains.

Pour calculer l’impôt sur le bénéfice prélevé sur ce dernier, i Consulting se base sur une rentabilité «standard» de 10-15%. L’effet de la prochaine réforme de la fiscalité des entreprises, la RIE III, qui pourrait influencer à la baisse le montant perçu dans la dernière phase de réalisation du quartier n’a pas été pris en compte.

Finances obérées

Claude Recordon, le syndic PLR d’Orbe, est ravi de cette étude, qui a coûté 23 000 francs. Non seulement elle émane d’une instance neutre, mais elle annonce un résultat plus optimiste encore que la municipalité ne l’espérait: «Si un reproche peut nous être fait, c’est de ne pas l’avoir commandée plus tôt.»

La publication du bénéfice promis intervient un peu plus de deux semaines avant le vote. Le risque financier est l’un des principaux arguments des opposants. Les finances d’Orbe ne sont pas brillantes. Les comptes sont dans le rouge depuis 2010, l’endettement par habitant est important à l’échelle du canton. Le parlement communal a dû accepter il y a un an une augmentation de trois points du taux d’impôt.

Promoteur-propriétaire

Le plan de Gruvatiez Est résulte de la collaboration entre la municipalité et le promoteur Avni Orllati, propriétaire d’une grande partie des terrains. Le groupe Orllati prévoit d’investir 250 à 300 millions de francs à Orbe. Entre autres affaires, ce promoteur est associé à Bernard Nicod pour le quartier et la tour des Cèdres, à Chavannes-près-Renens.

Le PLR et le PS, représentés à la municipalité, approuvent le projet. La contestation est venue des Verts et de citoyens indépendants. Outre le risque financier, les opposants dénoncent une densité excessive à leurs yeux. La commune a déjà connu ces dernières années une forte croissance démographique. De 2005 à 2014, selon le calcul des opposants, la population d’Orbe a augmenté de 28,3%, les revenus fiscaux de 43% et les charges de 72%.

Objectif 10 000 habitants

Pour le syndic Claude Recordon, le futur quartier favorisera l’arrivée du RER et d’une maison de soins palliatifs. Il donnera aussi à la ville un nouveau dynamisme grâce à ses nouveaux habitants. La votation du 13 décembre permettra de voir si la population partage l’objectif de ses autorités: faire d’Orbe une ville de 10 000 habitants dans quinze ans.

Le résultat du scrutin ne manquera pas d’être interprété comme le bilan de l’action du syndic. Claude Recordon, qui ne se représente pas aux élections de février prochain, dirige la ville depuis un quart de siècle. Etroitement associé à la croissance de la localité, il est critiqué pour sa proximité avec Avni Orllati, l’édile ayant même siégé au conseil d’administration d’une des sociétés du promoteur.

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