Le canton de Vaud est l'un des rares à avoir déjà aménagé – à Rennaz et à Payerne – des sites réservés aux campings temporaires des gens du voyage, mais ils ne suffisent pas. Confronté de longue date à la litanie des occupations sauvages, conflits avec la population locale, deprédations, plaintes, etc., le Conseil d'Etat a finalement décidé d'agir. La semaine dernière (Le Temps du 11 janvier) il annonçait la création de trois nouvelles places d'accueil, sur la Côte (Saint-Cergue), dans la banlieue lausannoise (Cheseaux) et dans la Broye (Orbe). Avec ce message: «Si nous voulons contrôler la situation, il nous faut avoir quelque chose à proposer.»

Malheureusement, ce contrôle a commencé par un dérapage. Les autorités municipales d'Orbe sont montées au créneau pour dénoncer la «décision totalitaire de l'Etat», qui ne leur avait pas été communiquée. Hier devant le Grand Conseil, Jean-Claude Mermoud a regretté «un couac», tout en défendant la stratégie «de la carotte et du bâton». Le responsable du Département de la sécurité et de l'environnement a répété qu'un élargissement des possibilités d'accueil irait de pair avec un renforcement des contrôles. En cas de débordements, des interdictions de séjour seraient si nécessaires prononcées.

Mince marge de manœuvre

Le bref débat a aussi permis au conseiller d'Etat de mesurer la minceur de la marge dont il dispose. Il était provoqué par la pétition d'un habitant de Cheseaux, village confronté l'été dernier à l'installation houleuse de Tsiganes. François Brélaz demandait le remboursement des dégâts commis, et l'inscription au budget d'un montant destiné à couvrir les dégâts futurs. La commission d'examen des pétitions estimait qu'il fallait avoir conscience des nuisances provoquées et renvoyer la demande au Conseil d'Etat. «Pas d'accord, s'est écrié le socialiste Laurent Baillif. Agir ainsi reviendrait à considérer les Tsiganes comme une nuisance incontrôlable à l'instar du lynx ou du loup, ce qui serait absurde et irrespectueux. Tous les habitants d'un territoire sont des justiciables, ils doivent être poursuivis s'ils enfreignent la loi.» Députée de Cheseaux, Micheline Gay-Vallotton (soc) a rappelé que l'Etat, qui n'avait pu contrôler la situation, avait promis des dédommagements.

Au vote, la pétition a été renvoyée à la quasi-unanimité au gouvernement, ce qui fait figure de message clair: «Payez ou maîtrisez.» Vu la procédure d'aménagement qui se prépare, éviter tout nouveau dérapage sera une priorité.