On pourrait partir d’une idée forte: il ne faudrait jamais «simplifier» une langue. Parce qu’une langue complexe est justement construite pour les idées complexes, nuancées, évolutives ou nouvelles. Et que tout attentat contre cette complexité finit par nuire aux raisonnements difficiles, aux ombres et aux colorations de la pensée subtile. Le monde n’est pas simple et le décrire non plus: l’outil merveilleux de la langue n’a donc pas intérêt à être simplet.

Alléger n'est pas simplifier

Attention néanmoins à ne pas confondre: alléger n’est pas simplifier, c’est permettre une agilité plus grande. Tel est le sens de la réforme orthographique présentée ce mercredi par la Conférence intercantonale de l'instruction publique de Suisse romande (CIIP). L’orthographe rectifiée sera désormais la référence. Ce terme ancien, datant des premières réflexions sur ce thème, en France, il y a une trentaine d’années, ne semble pas très heureux. On rectifie certes le cours d’un fleuve, mais une langue? Et pour assécher quels marais? L’objectif – louable – est ici de rendre la langue française plus droite, plus fluide, avec un peu plus de règles communes et moins d’exceptions, afin de faciliter l’enseignement. A l’issue de cette réforme, quelques accents circonflexes ou traits d’union devraient trépasser, ou alors revivre autrement, par exemple dans la manière d’écrire les chiffres. Quelques mots deviendront aussi plus aisés à orthographier. Moins de doublements de lettres. Plus d’adéquation avec les sons des mots.

Une habilité politique

Cette façon de rectifier par petits allègements (avec accent grave, désormais) est contestée par quelques adversaires, écrivains fameux en tête, tandis que les réformateurs, eux, défendent une langue française vivante, qui bouge et s’adapte. Ce débat un peu vain aura à nouveau lieu ici ou là, d’autant plus que la langue «rectifiée» n’exclura pas l’ancienne: il demeurera possible, heureusement, de continuer à écrire si on le souhaite selon la manière traditionnelle. Et à la fin, la vie et les gens décideront.

La modernité, en cette matière, ne se décrète jamais. Seul l’usage fera, au bout du compte, le succès ou l’échec de ces changements à venir dont l’un des objectifs est d’aboutir à un langage plus conforme à l’égalité des genres. A chacun ensuite de choisir sa version de la célèbre et rude dictée de Prosper Mérimée, dont 13 mots sont théoriquement concernés par la nouvelle orthographe.

La réforme annoncée hier en Suisse romande est d’abord empreinte d’un souci de pragmatisme et d’habileté politique. Deux termes qui, demain, s’écriront toujours à l’identique.


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