Interview

Oscar Mazzoleni: «L’UDC a été prise à contre-pied par ses adversaires»

Le calcul d’une campagne modérée s’est retourné contre le parti nationaliste, surpris par la campagne agressive de ses opposants, estime le politologue Oscar Mazzoleni, qui étudie cette formation politique depuis des années

L’UDC a essuyé une défaite parce qu’elle s’est aventurée au-delà de ses thèmes de prédilection et a mené une campagne douce qui s’est heurtée à la virulence de ses adversaires. Cela ne veut pas dire qu’elle soit à terre: le dossier européen sera un moyen pour le parti de retrouver ses chevaux de bataille habituels, selon le politologue Oscar Mazzoleni.

Le Temps: Quel argument a le plus joué contre l’initiative?

Oscar Mazzoleni: Une votation est gagnée ou perdue lorsqu’un des camps parvient à fédérer plusieurs avis autour d’un thème. Le 9 février 2014, l’UDC avait réussi à faire converger plusieurs arguments. C’est ce qu’ont réussi les adversaires aujourd’hui.

Quelle est votre analyse de ce rejet cinglant?

C’est l’un des textes de l’UDC qui a été le moins soutenu. Il lui a néanmoins permis, une fois encore, d’influencer l’agenda politique, ce qui est une des raisons principales pour lancer des initiatives. Par ailleurs, l’UDC a largement mobilisé sa base électorale, ce qui était un des objectifs en vue des élections fédérales.

Sa campagne très dispendieuse a paru tourner en débâcle à l’approche du vote. A-t-elle raté sa communication?

Tout le monde l’a oublié, mais le parti a été profondément déstabilisé par la condamnation pour discrimination raciale de son ancien secrétaire général Martin Baltisser en 2017, au terme d’une longue procédure. Le cas a fait école: l’UDC a conçu une campagne plus douce en espérant rallier des électeurs du centre droit. Cependant, ses adversaires l’ont prise à contre-pied et elle n’a pas su se rattraper, même lorsque la frange dure a tenté de relancer la campagne sur des slogans plus percutants.

La modération était donc une erreur stratégique?

Uniquement parce que les adversaires de l’UDC ont mené une campagne musclée, capable d’attirer la part de l’électorat la moins intéressée à la politique. Si les deux s’étaient montrés modérés, le résultat aurait sans doute été différent.

Avec cette initiative, l’UDC a-t-elle pu dicter sa volonté sur le Pacte migratoire de l’ONU?

Elle a sans doute influencé les adversaires de l’initiative en ce sens, y compris le gouvernement. Il y a deux lectures possibles: soit la décision de temporiser à propos du Pacte migratoire a désamorcé la polémique et a nui à l’initiative, soit l’UDC a une fois de plus obtenu une concession, grâce à sa stratégie éprouvée qui consiste à réclamer le bras dans l’espoir d’obtenir la main.

Vu l’ampleur du rejet, pensez-vous que cette stratégie de l’UDC s’essouffle?

Cela dépendra de la conjoncture politique et économique, notamment la façon dont l’UE va gérer le Brexit et l’accord-cadre. Une campagne contre la libre circulation aura moins d’impact si le climat économique est favorable, surtout dans la mesure où l’UDC a visiblement de la peine à redéfinir sa communication.

Le dialogue avec l’UE va-t-il reprendre sur de meilleures bases après ce désaveu sur l’autodétermination?

Je pense que les divisions que l’UE crée ne concernent pas que la souveraineté. Elles touchent aussi le marché du travail, thème cher aux syndicats et à la gauche. Les négociations pourraient conduire à des convergences «contre nature».

Peut-on tirer de ce résultat un pronostic pour les élections fédérales et l’initiative contre la libre circulation?

C’est prématuré, mais c’est vrai que c’est mal parti pour l’UDC. Tout va dépendre de sa mobilisation sur le thème de l’accord-cadre. Ici, le parti pourra continuer à jouer son rôle eurosceptique. Sur le thème de la libre circulation, il reprendra également une posture classique.


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