Le nouveau ministre valaisan de la Police a déclaré mercredi soir à la télévision alémanique être l’auteur d’un livre qui critique la justice et la police valaisanne. Dans son bureau de conseiller d’Etat, Oskar Freysinger répond à une interview au sujet de Canines, une fiction écrite en 2010 et signée d’un certain Janus. Un détective privé y conduit une enquête sur l’affaire Luca, qui défraie la chronique judiciaire depuis 2002, quand un petit garçon est retrouvé blessé, partiellement nu et en hypothermie dans la neige. Les aventures du détective le conduisent à critiquer vertement le travail des policiers et de la justice valaisanne.

«Je n’ai jamais cru à la conclusion de la justice qui désigne le chien comme coupable, déclare Oskar Freysinger. Je ne parle pas ici en tant que conseiller d’Etat mais en tant qu’auteur», précise-t-il. Il explique encore être resté anonyme jusque-là pour que sa personnalité ne porte pas préjudice au dossier.

Crever l’abcès

A-t-il décidé de crever l’abcès avant qu’il ne soit démasqué, d’allumer un contre-feu à la guerre ouverte avec les enseignants ou de provoquer simplement? Il n’a pas répondu aux questions du Temps jeudi. «Je pense que les journalistes ont enquêté et qu’Oskar Freysinger n’a pas voulu mentir quand on lui a demandé s’il était l’auteur de ce livre», explique l’éditeur de Canines, Slobodan Despot. «Janus est un dieu à plusieurs têtes», précise-t-il cependant. Un autre proche d’Oskar Freysinger dit simplement ne plus comprendre la conduite du conseiller d’Etat. Avec cet aveu, il risque en effet d’allumer deux incendies: l’un dans les corridors de la justice valaisanne, qui se défend depuis onze ans dans cette affaire. L’autre au sein de la police, qu’il dirige depuis à peine un mois et dont le commandant n’est autre que Christian Varone, son ancien adversaire de campagne.

«Je respecte la séparation des pouvoirs et je ne commente jamais les déclarations d’un conseiller d’Etat», répond Nicolas Dubuis, procureur chargé du dossier Luca. Contactée, la police évoque aussi le secret de l’affaire pénale. Les questions de la séparation des pouvoirs et du secret de fonction, justement, sont sensibles. D’abord parce que l’enquête sur l’affaire Luca est toujours ouverte. Ensuite parce qu’Oskar Freysinger, en campagne, a déclaré vouloir faire la lumière sur cette affaire. Selon la loi cantonale sur l’organisation judiciaire, la justice peut saisir le Grand Conseil si elle estime que son indépendance n’est pas respectée.

La politique valaisanne, pourtant, ne s’offusque pas, jugeant cette histoire ancienne et l’écriture du livre antérieure à la nouvelle fonction d’Oskar Freysinger.