Controverses

Oskar Freysinger et Geert Wilders, le pacte

L’élu UDC était reçu jeudi après-midi à La Haye par le leader populiste néerlandais. Il a promis de réinviter ce dernier en Suisse

Geert Wilders s’invitera-t-il dans la campagne pour les élections fédérales d’octobre avec ses gardes du corps qui le suivent partout? C’est en tout cas le vœu d’Oskar Freysinger. Reçu jeudi au parlement néerlandais par le très controversé chef du «Parti de la liberté», l’élu UDC valaisan a promis de tout faire pour que celui-ci s’exprime en Suisse, sans doute en septembre.

«Je trouverai un moyen, a-t-il asséné d’emblée», fustigeant le refus récent de la commune de Savièse d’accueillir l’homme politique hollandais, connu pour ses diatribes anti-islam. «Nous regarderons du côté des municipalités UDC, ou des cantons dans lesquels notre parti fait de très gros scores», a poursuivi Oskar Freysinger. Et d’affirmer que les portes de la Suisse «restent ouvertes» au leader populiste dont la formation, est, avec ses 24 députés élus aux législatives il y a tout juste un an le 9 juin 2010, indispensable au gouvernement du premier ministre libéral Mark Rutte pour obtenir une majorité à la Chambre basse.

Les deux hommes, qui ne se connaissaient pas avant leur rencontre, ont admis en riant qu’ils devaient d’abord «échanger avant de décider de se marier politiquement». Mais à les entendre s’exprimer ensemble dans une salle des Etats-Généraux (le parlement de La Haye), sous la protection d’un officier de sécurité, leur union au service de leur détestation frénétique des «élites» et de leur rhétorique anti-islam outrancière paraît déjà consommée. Avec deux cibles: l’Union européenne «liberticide et programmée pour tuer notre identité et celle des Etats-nations», selon le conseiller national UDC, et la religion musulmane «qui mène sur notre sol un djihad (guerre sainte) politique et légal», selon Geert Wilders, dont le procès pour «incitation à la haine» s’achèvera le 23 juin à Amsterdam par un verdict très attendu.

Chose étonnante, les médias n’avaient cette fois pas suivi. Aucune caméra, et Le Temps côté Suisse. Un seul quotidien néerlandais représenté. Leur rencontre, pourtant, pourrait faire date. D’autant que la complémentarité entre l’extrémiste hollandais aux cheveux blonds peroxydés, sanglé dans un costume sombre plutôt raide, et son homologue suisse, plus jovial, saute aux yeux.

Au second le soin de jouer les trublions, auréolé de l’initiative anti-minarets et de la démocratie directe helvétique, «meilleure manière de mettre la pression sur tous ceux qui refusent d’entendre, à Bruxelles comme dans nos capitales, la révolte contre l’Europe liberticide». A son hôte, qui négocie pied à pied avec le gouvernement néerlandais un virage le plus anti-immigration possible, le soin de pilonner ces «dirigeants sourds et aveugles qui feraient bien de s’inspirer de l’exemple suisse. Nous voulons multiplier les initiatives, a promis Geert Wilders. Nous sommes au début de quelque chose de grand».

Sans aller jusqu’à appeler les Pays-Bas à quitter l’UE, ce dernier a promis d’examiner de près les possibilités de lancer «une initiative pan-européenne» sur la question de l’islam et de ses signes extérieurs les plus controversés, comme la burqa (dont le Parti de la liberté milite pour l’interdiction légale, acceptée par la coalition au pouvoir, mais toujours pas mise en œuvre). Autre chiffon rouge brandi par Geert Wilders: l’aide à la Grèce, dont il regrette l’approbation par les Pays-Bas. «Athènes a menti sur tout. L’aider nous conduit à notre propre perte.» Un refrain repris par Oskar Freysinger à propos du Portugal: «Ce pays s’est enrichi et sa population s’est appauvrie. Le modèle pour l’Europe, c’est la Suisse. Pas le contraire.»

Les deux élus devaient discuter en soirée de leurs futures collaborations. Un «tour d’Europe» commun est évoqué par l’entourage de Geert Wilders, soucieux de se débarrasser de l’image de paria qui lui colle à la peau, depuis son nauséabond et sanguinolent documentaire Fitna, sur les «crimes commis au nom de l’islam». Leur satisfaction commune du report, jeudi, de l’entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l’espace Schengen et leur éloge d’un «retour des frontières» en dit long aussi. L’intensification de leurs attaques caricaturales contre l’euro, le multiculturalisme et la libre circulation est déjà programmée.

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