Personne, en Valais, ne s’attendait à un tel score. Oskar Freysinger lui-même était surpris dimanche après-midi, quand les résultats le donnaient premier, devant tous les candidats PDC sortants. «Il me manque les mots», disait-il, des larmes dans la voix. C’est au Kudeta, un petit bar de la vieille ville de Sion, que son parti avait élu domicile pour la journée. Un choix prémonitoire? 53 000 Valaisans ont voté pour le candidat UDC, creusant un écart de 20 000 voix entre lui et son grand rival, le PLR Christian ­Varone.

Ce dernier aura passé l’après-midi dans son stamm, presque vide et incroyablement silencieux. Le son de la télévision égrène les résultats. Son équipe note et analyse les chiffres. Le parti risque bien de perdre son siège, quelle que soit la stratégie qu’il adoptera au second tour, si second tour il y a.

Dimanche soir, tous les partis étaient sous le choc. Surpris. Et perplexes. Comment expliquer un tel raz-de-marée en faveur de l’UDC? «C’est un vote populiste!» s’exclame le président du PDC du Valais romand, Michel Rothen. «Il a promis des milliards pour le Valais, il jure comme un charretier mais les gens ont voté pour lui.» Il s’emporte, visiblement fâché et déçu. Dimanche, le PDC a aussi perdu sa majorité absolue au Grand Conseil, avec 7 sièges de moins qu’il y a quatre ans.

«Le plébiscite de Freysinger, c’est peut-être un vote contre l’establishment», lâche Philippe Bender sur les ondes de Canal 9. «L’opinion publique en a marre des élections prémâchées», ajoute Jean Bonnard, ancien rédacteur en chef du Nouvelliste. Des membres du PDC, du PS, et sans doute du PLR, ont donné leur voix à Oskar Freysinger, et ce dans toutes les régions du canton. Dans le Haut-Valais, Oskar Freysinger talonne Jean-Michel Cina, le conseiller d’Etat PDC sortant originaire du Haut-Valais, portant un coup à la tradition du vote ethnique, puisqu’Oskar Freysinger n’est pas originaire de cette région.

«C’est le côté people de la politique qui l’a emporté, cette sorte de culte de la personnalité», estime Serge Métrailler, chef de campagne des trois sortants PDC. «Le vote par correspondance, l’enjeu de la révision de la loi sur l’aménagement du territoire et le combat très médiatisé pour le siège PLR ont mobilisé fortement l’électorat, avec 68,14% de taux de participation.» Mobilisant peut-être des électeurs qui ne se rendent pas aux urnes habituellement, ce qui semble avoir favorisé Oskar Freysinger. Sans compter que la liste UDC au Grand Conseil présentait 90 candidats, la plupart très jeunes. De nouvelles recrues pour un parti, qui «chaque semaine fait 5 à 6 nouvelles adhésions», note Oskar Freysinger. De nouveaux politiciens qui peuvent mobiliser chacun familles et amis.

De nombreux électeurs, tous partis confondus, ont aussi voulu arbitrer le duel Freysinger-Varone. Faut-il y voir un vote contre la candidature de Christian Varone? «Il faut y voir un vote en faveur d’Oskar Freysinger», répondait-on prudemment, dimanche dans les partis. Christian Varone est l’avant-dernier du classement, avec 32 422 voix. Alors que les analystes politiques imaginaient la conseillère d’Etat socialiste derrière lui, elle le devance de 3000 voix. Le candidat PLR n’a visiblement pas fait le plein des suffrages dans son propre parti, où les tensions autour de sa mésaventure turque ont laissé des traces, et ce malgré une campagne forte dans les sections. A Martigny, district PLR par excellence, où s’est notamment élevée la voix critique de Pascal Couchepin, le candidat a fait 32% des suffrages contre 44% pour son prédécesseur, Claude Roch.

Avec un score aussi fracassant, y a-t-il encore une raison de procéder à un second tour le 17 mars? Christian Varone affirmait dimanche que le parti se battrait jusqu’au bout. Pendant qu’Oskar Freysinger s’exprimait déjà avec les mots du conseiller d’Etat: «Je ferai un double mandat entre le Conseil national et le Conseil d’Etat, dans un premier temps, pour voir dans quelle mesure c’est utile pour le Valais, qui va être confronté à de nombreuses difficultés, dont la révision de la LAT.»

Tous les partis tiendront réunion lundi soir pour décider de leur stratégie au second tour. Le candidat vert, Christophe Clivaz, étant arrivé bon dernier avec 15 000 voix, il pourrait décider de ne pas se présenter une seconde fois. La décision reposerait alors sur les épaules du PLR seul.

«Il me manqueles mots»