Pour la conférence de presse de ses 100 premiers jours comme conseiller d’Etat valaisan, Oskar Freysinger livre pêle-mêle une liste de dossiers ou de décisions : il recommande la proposition de jus de fruits valaisans dans les écoles, a trouvé huit familles d’accueil pour des jeunes collégiennes, est confronté à des grosses difficultés budgétaires pour 2014… Au total 33 points, sans aucune hiérarchisation des dossiers si ce n’est leur degré de réalisation. A cela, il ajoute des déclarations sur sa santé physique, son aisance dans sa nouvelle fonction, ses relations professionnelles et privées.

Oskar Freysinger n’est pas un conseiller d’Etat comme les autres. Sur la forme du moins. Il entretient son image d’homme populaire mais ses déclarations le montrent aussi nouvellement consensuel et plutôt stratège en matière de finances.

■ L’homme accessible

«Ma porte est ouverte à tout le monde et je suis confronté à de nombreux drames humains», explique-t-il. Pour ne pas se couper de la base, comme il dit, il vient d’envoyer un questionnaire à tous les enseignants du canton. Celui-ci leur demande comment leurs conditions de travail ont évolué, s’ils estiment qu’ils vivent une augmentation des tâches administratives, s’ils effectuent des tâches inutiles, etc. Selon les informations du Temps, il en prévoit un second au sujet de l’intégration dans les classes d’enfants handicapés ou allophones.

Se rendre accessible, c’est l’une des marques de fabrique d’Oskar Freysinger. Mais une telle proximité peut aussi être perçue comme inadéquate avec la fonction d’un conseiller d’Etat, chargé de choix stratégiques plus que d’une implication aussi pragmatique. «Ces démarches court-circuitent les directeurs d’école, les associations professionnelles et le service de l’enseignement qui n’ont pas été consultés pour élaborer ce questionnaire», critique Marylène Volpi-Fournier, présidente de la Fédération des magistrats, des enseignants et du personnel de l’Etat, députée verte au Grand conseil et enseignante. «Cela discrédite l’organisation et la hiérarchie de l’Etat .»

■ Le politicien consensuel

Pendant cette heure de conférence de presse, l’UDC ne s’est prononcé sur aucun dossier politique chaud, n’a provoqué personne et semble renoncer aux thématiques de son parti.

Pour la première fois depuis son élection, il déclare ainsi que les prisons sont un dossier prioritaire. Il souligne qu’il est important d’augmenter les effectifs de gardiens et qu’une nouvelle convention, avec augmentation de budget, est bientôt sous toit pour assurer la médecine pénitentiaire. Il reprend ainsi le dossier d’Esther Waeber-Kalbermatten en respectant les réformes carcérales initiées.

Pour la première fois aussi, après avoir procédé à quelques 600 naturalisations en juin, il se prononce en faveur de cette disposition. Alors que son parti a toujours essayé de compliquer l’accès au passeport suisse pour les étrangers. Mais il argumente cette nouvelle posture politique grâce à une valeur qu’il a toujours défendue: la nation. «Ces gens défendent le passeport suisse, ce sont de vrais suisses et oui, il faut leur donner le passeport», décrit-il avec enthousiasme.

■ Le stratège

Oskar Freysinger est revenu à plusieurs reprises sur les difficultés du budget 2014. Il assure depuis son élection qu’on lui a demandé d’économiser 25 millions. Tandis que le grand argentier, Maurice Tornay, jure que ce n’est pas le cas. « Si Oskar Freysinger a un budget de 600 millions et qu’en faisant le tour de ses services on lui dit qu’il faut 820 millions, alors peut-être qu’il considère qu’il devra économiser 220 millions», répondait-il au Temps le 27 mai 2013. «Mais cela ne veut pas dire que son budget aura diminué. Au contraire, il sera resté stable», poursuivait-il. Mais Oskar Freysinger continue sur sa lancée, fait monter la pression pour défendre les besoins de ses services et renvoie la patate chaude à celui qui tient les cordons de la bourse avec tant de rigueur: «J’ai réussi à économiser 14 millions entre mes différents services mais les 11 restants toucheront forcément à leur structure et impliqueront des licenciements. A moins que je ne fasse augmenter les amendes d’ordre, une forme d’impôt caché ou que je supprime les bourses d’étude ou encore que je diminue les décharges des enseignants.» Très pédagogique, sourit Marylène Volpi-Fournier qui milite pour la levée du double frein à l’endettement et relève que les impôts ont constamment baissé ces dernières années.