Adolphe Ribordy a dérapé. En publiant, dans le journal du parti radical «Le Confédéré», une caricature d’Oskar Freysinger aux côtés d’Adolf Hitler flanquée du message «Autrichiens: on a déjà donné», référence à la nationalité du conseiller national UDC, le notable du PRD valaisan et grand ami de Pascal Couchepin, s’est rendu coupable de diffamation. Il est en outre astreint à 120 heures de travaux d’intérêt général (équivalent à 30 jours-amende) avec sursis, vient de conclure le Tribunal de Martigny.

Ironie de l’histoire, le rédacteur en chef de l’hebdomadaire, qui annonce déjà son intention d’interjeter recours au jugement, est épinglé par la justice alors même que, se défend son avocat Me Léonard Bender, il s’appliquait justement à dénoncer les méthodes de l’extrême droite et ses multiples campagnes d’affichages tapageuses. «Le dessin était un pastiche parodique et provocateur, clairement identifié comme tel, pour répondre à la provocation de l’UDC.»

La caricature était parue en septembre 2007 dans la foulée de plusieurs placards «nauséabonds» du parti agrarien en pleine campagne sur les naturalisations. On se souvient des mains noires qui se servent de passeports dans des cageots de pommes ou encore des cartes d’identité suisse détournées avec la photo d’Oussama Ben Laden. Elle s’était ensuite répandue comme une traînée de poudre et avait été placardée, on ne sait très bien par qui, dans les villes du canton.

Qu’Adolphe Ribordy ait décidé de faire appel «parce que le raisonnement juridique qui conduit à la condamnation ne tient pas la route», prétend encore son défenseur, n’a que peu d’effet sur Oskar Freysinger. Sa revanche est déjà en partie consommée: «Cela fait des années qu’Adolphe Ribordy me donne des leçons de politiquement correct. Moi, je n’ai jamais fait l’objet d’une mise en accusation.»

Oskar Freysinger tient surtout à rappeler que, cette plainte, il ne l’a pas déposée au titre de politicien mais au titre d’enseignant et de père de famille. «J’ai vu l’effet que cela avait eu sur mes élèves et sur ma femme et mes enfants. Je constate que la justice valaisanne sait marquer les limites.» Le saura-t-elle jusqu’à confirmer la sentence de «Dodo», le sobriquet du radical valaisan provocateur, en deuxième instance?

Le condamné concède prendre la nouvelle avec «une certaine légèreté». Il constate que deux dénonciations préalables devant les tribunaux valaisans pour le même dessin sont restées sans suite. Et conclut non sans sarcasme, en rappelant les multiples procès et «quelques condamnations» qui ont jalonné son parcours, que «tous les jugements du monde n’empêcheront pas Oskar Freysinger et Adolf Hitler d’être tous deux Autrichiens.»