«Histoires courtes, paraboles et satires.» Ainsi est sous-titré le livre publié hier en allemand par le conseiller national UDC Oskar Freysinger. Le Blick, qui avait déjà fait beaucoup pour la renommée du «Pissoir-Poet», auteur de vers sexistes et pornographiques lors d'une assemblée UDC, ne pouvait manquer d'éplucher à la loupe Brüchige Welten («Des mondes fragiles») pour y débusquer quelques fumets pestilentiels.

Et il a trouvé. Un extrait publié hier dans le quotidien de boulevard zurichois, une scène de sodomie assez précisément décrite et qui concerne un couple de musulmans: «Au lieu de son sexe, elle lui présenta son ouverture impure, rigoureusement interdite par la charia, ouverture qu'elle avait pris soin auparavant d'élargir patiemment avec un bout de bois enduit de graisse animale.» Tout cela à l'insu de son mari, qui, «ébloui d'extase et rendu fou par le besoin de laisser éclater en elle son désir», ne remarque rien.

Le pauvre homme avait été auparavant chauffé à blanc et «porté aux frontières de l'extase par des pratiques tout à fait inhabituelles pour lui», autrement dit une fellation dans les règles de l'art. L'affaire se termine mal: «A cet instant, la lumière s'allume et le lieutenant de Gulbuddin, flanqué de deux gardes, lui explique qu'il est en état d'arrestation pour pratiques sexuelles perverses.»

Saphisme et charia

Dans la même nouvelle, les enquêteurs du Blick ont repéré une scène de saphisme: «Les doigts doux et les lèvres brûlantes explorent les parties les plus secrètes du corps, transforment chaque centimètre de peau en jardin des délices, deviennent toujours plus entreprenants, toujours plus pénétrants.»

Voyons maintenant le contexte, un peu oublié par le Blick: dans un village afghan tenu par les talibans, deux femmes, Zuleima et Meena, deviennent amantes. Le mari de Zuleima est mort au combat contre les moudjahidin et, quant à Meena, «sa situation était encore pire». Son mari, Gulbuddin, est en effet chargé de traquer jusque dans les intimités familiales les manquements à la charia. Si Meena est devenue l'amante de Zuleima, c'est en raison de frustrations occasionnées par la façon qu'à Gulbuddin de l'honorer: «Il ne la prenait que complètement habillée… enfonçait son membre à travers une rainure pratiquée dans la burqa de sa femme… de façon à ce que le contact entre les deux organismes se réduisent aux parties génitales…» Résultat: il manquait à Meena «une peau nue contre la sienne, l'exploration de son corps par des mains douces, la pression amoureuse de deux lèvres sur sa poitrine tremblante…»

Il y a d'autres passages scabreux dans le livre de Freysinger, comme le viol d'une Tchétchène par un soldat russe – «Il déversa sa semence dans la femme comme s'il voulait à travers elle fertiliser ce grand, ce dangereux pays.» Le soldat russe, nous est-il expliqué, avait voulu, avant de tuer la femme, «détruire sa fierté, cette insupportable fierté… chez les soldats russes l'animal progressivement avait pris le dessus.»

L'éditeur, Philippe Mengis, propriétaire des Rotten Verlag et du Walliser Bote, et qui affiche ses convictions démocrates-chrétiennes, estime que Freysinger «écrit brillamment», que ses histoires débordent «d'imagination et d'originalité». Il ajoute «qu'au talent, on doit donner la possibilité de s'exprimer».

Notons enfin que le «Pissoir-Poet» – curieusement très prude lorsqu'il s'agit d'appâter l'électorat chrétien conservateur valaisan – écrit également en français, mais qu'il n'a trouvé, jusqu'ici, aucun éditeur romand disposé à publier ses satires, histoires courtes et autres paraboles.