Valais

Oskar Freysinger: «La prison, ce n’est pas le Club Med, que je sache»

Le centre de détention administrative de Granges suscite encore la polémique. Une pétition, adressée au Grand Conseil, dénonce un enfermement trop strict et des conditions insalubres. Un avocat a écrit au conseiller d’Etat chargé de la Sécurité pour demander le respect des normes légales. La réponse est cinglante

La révolte gronde au sein du centre de détention administrative de Granges, en Valais. Les pensionnaires, déboutés de l’asile et autres indésirables enfermés dans l’attente d’une expulsion, ont adressé une pétition au Grand Conseil pour dénoncer un régime trop strict et des cellules très insalubres.

L’avocat du dénommé Ravi, un réfractaire au départ, a également écrit au conseiller d’Etat Oskar Freysinger, chargé de la formation et de la sécurité, pour demander une suspension de détention ou alors un transfert dans un autre établissement. La réponse du ministre UDC, contacté par «le Temps», est cinglante: «La prison, ce n’est pas le Club Med, que je sache.»

Un centre déjà critiqué

Le cas de Ravi, défendu par l’avocat genevois Pierre Bayenet, braque à nouveau les projecteurs sur ce centre dédié à la loi sur les mesures de contrainte (LMC) et qui a déjà fait l’objet de trois rapports très critiques de la Commission nationale de prévention de la torture (CNPT). Arrivé en Suisse à l’âge de 4 ans avec sa famille, ce ressortissant cap-verdien a grandi à Granois et a effectué toute sa scolarité à Savièse. Son père, ouvrier agricole, s’est montré particulièrement violent et le garçon a dû être placé en foyer, puis dans une famille. Son CFC de ferblantier en poche, Ravi a travaillé mais il a surtout collectionné les infractions.

Entre 2003 et 2014, il a été condamné à 18 reprises pour consommation de cannabis, vol ou dommages à la propriété. La peine maximale prononcée était de 6 mois. En raison de ce palmarès de petits délits, auquel sont venues s’ajouter dettes et poursuites, le service de la population et des migrations du canton du Valais a révoqué son permis C en mai 2014 et lui a intimé un délai pour partir. Il a fait recours, par l’intermédiaire d’un assistant social, avec un jour de retard et celui-ci a été déclaré irrecevable. Une interdiction d’entrée jusqu’en 2030 a également été prononcée par Berne en raison de «son incapacité à respecter l’ordre public». Un recours est encore pendant sur ce point devant le Tribunal administratif fédéral.

En cellule, 21 heures par jour

Le 15 août 2016, Ravi, 32 ans, qui espère encore pouvoir se marier avec sa fiancée, rester proche de sa famille et soigner ses problèmes de santé, a été interpellé en gare de Sion par la police et placé en détention administrative. Une rétention confirmée par le Tribunal cantonal. Il demande désormais aux juges de reconsidérer leur décision sur la légalité de ces mesures de contrainte mais aussi de constater l’illicéité des conditions de cet enfermement contraire à la loi fédérale sur les étrangers.

Le régime de la détention administrative, rappelle Me Bayenet, doit être plus souple que celui de la détention pénale et ne pas présenter le même caractère carcéral. Or, les détenus de Granges passent encore 21 heures par jour en cellule et ne peuvent s’aérer que dans une cour très exiguë. Une salle de sport a été mise à disposition mais sa fréquentation est limitée. Une situation globalement dénoncée dans les rapports successifs de la CNPT depuis 2010.

Odeurs et saleté

Dans la pétition du 9 septembre, adressée au parlement, ainsi que dans la lettre de Me Bayenet à Oskar Freysinger, les installations sont décrites en ces termes: «Les cellules sont équipées de toilettes dites turques qui, lorsqu’elles sont recouvertes d’une grille, servent également de douche. L’utilisation de l’eau chaude a pour effet de faire remonter les excréments et les odeurs. Les chasses d’eau de plusieurs toilettes ne sont plus fonctionnelles et obligent les détenus à évacuer leurs besoins à l’aide d’un bac rempli d’eau et de savon.»

En l’absence d’un système d’aération adéquat et avec la chaleur, la situation est difficilement supportable. Saleté, insalubrité, insectes, boutons, champignons, visite médicale sommaire, fumée, la liste des récriminations est longue.

Un ministre inflexible

Il en faudra plus pour émouvoir le ministre. Oskar Freysinger confirme avoir reçu le courrier concernant Ravi: «Ce monsieur se plaint? On va accélérer son expulsion. Il n’est pas question de suspendre une quelconque détention pour voir ensuite l’intéressé disparaître dans la nature. C’est tout simplement hallucinant de lire des choses pareilles sous la plume d’un avocat. Qu’il aille voir en Turquie ou en Syrie comment cela se passe dans les prisons.»

Pour revenir en Suisse et en Valais, le conseiller d’Etat explique que «des projets sont dans le pipeline pour améliorer la situation» mais que les moyens manquent. «Je préfère affecter l’argent aux écoles pour le bien des enfants.»

Ravi, qui a passé deux jours à Genève au centre de Frambois, un modèle reconnu en matière de détention LMC, a refusé de monter dans l’avion. Il est de retour à Granges où il pourra méditer sur ces différences cantonales.

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