Il prend le temps de saluer les nouvelles stars du football suisse, les Champions du monde des moins de 17 ans, en visite aujourd’hui au Parlement, et détaille sans contrainte les préparatifs d’une émission à fort potentiel explosif: Oskar Freysinger est invité par Al-Jazeera à participer ce soir à un débat sur l’islamophobie en Europe, dans la foulée de l’initiative minarets. L’émission s’appelle «Sens contraires» (!) et oppose des débatteurs aux vues opposées, devant 80 millions d’auditeurs, dont l’immense majorité est musulmane. Dérapage interdit, alors que le Valaisan va personnifier la Suisse dans son entier par ses propos.

«Je vais simplement expliquer notre modèle de démocratie, prévoit Oskar Freysinger, expliquer comment le peuple peut prendre son destin en mains. Je suis pédagogue, j’ai l’habitude avec mes élèves. J’avais dit non au départ, après tout c’est une affaire suisse, et puis le présentateur de Londres m’a convaincu en me disant que j’avais touché les pays arabes là où ça leur faisait mal, avec ce problème des églises en pays musulmans».

Contrairement à sa participation à l’émission de mardi dernier, où il était directement intervenu en anglais (Al-Jazeera émet en anglais et en arabe), Oskar Freysinger s’exprimera ce soir en français, et sera traduit par un interprète, qu’il n’a pas choisi. «Mais je fais regarder l’émission par deux personnes de confiance, d’origine arabe, qui me diront ensuite si mes propos ont été bien transmis». Après coup, donc, puisque l’émission est en direct. N’est-ce pas dangereux de partir ainsi sans filet? «Je ne suis ni suicidaire, ni cinglé, et je ne pense pas qu’il y aura de problème, sauf s’il me cherche».

Il, c’est Azzam Tamimi, le controversé intellectuel britannique et palestinien déjà venu participer à des débats en Suisse, et défenseur des attentats suicides en Israël. «On m’avait parlé d’un islamologue et finalement c’est un membre du Hamas, ça change légèrement la donne». Il reste que la forme de l’émission donne une certaine marge de manœuvre au Suisse: la traduction simultanée «ralentit tout» et permet de donner un peu de temps à un interlocuteur avant de répondre, et les débatteurs ne sont pas sur un même plateau, puisque l’émission est organisée en duplex avec le centre de la presse de Genève. Le député valaisan a refusé le billet d’avion et la nuit d’hôtel proposés par Al-Jazeera, désireux d’assurer son travail en pleine session parlementaire.

A-t-il consulté ses amis de l’UDC pour peaufiner son discours? «Ils me font totalement confiance. Et sur le fond du sujet, je suis au point, depuis des mois. J’adapterai mon ton, c’est tout». Oskar Freysinger est de toute façon sûr de son droit. Il dit avoir reçu des milliers de courriels et de lettres depuis le 29 novembre, auxquels il est désolé de n’avoir pas le temps de répondre. «Et sur 50 mails, il y a une insulte. Faites le compte». Enfin comment réagit-il ce mardi à la tribune du président français Nicolas Sarkozy, suscitée par la votation suisse? «Le vote a montré le décalage avec les élites. Partout, pendant des années»