POLITIQUE

Oskar Freysinger de retour dans l’arène grâce à l’ASIN

Ejecté du Conseil d’Etat valaisan, l’UDC réinvestit son terrain politique le plus cher. Il s’est mis à disposition de l’ASIN qui compte bien profiter de ses «compétences», notamment dans le combat contre la libre circulation

Malgré les spéculations, Oskar Freysinger n’est pas près de disparaître de la scène politique suisse. Alors qu’il remet les clés de son Département aux nouveaux élus Frédéric Favre et Christophe Darbellay ce vendredi, l’ancien ministre valaisan montera dans une semaine sur le podium de l’assemblée annuelle de l’ASIN. Membre de longue date du comité de l’Association pour une Suisse indépendante et neutre, il doit présenter un «point de situation» aux côtés du président Lukas Reimann.

Un discours pour relancer une carrière? Au lendemain de la défaite électorale d’Oskar Freysinger en Valais, le coordinateur romand de l’ASIN, Adrien de Riedmatten, lui aussi valaisan, écrivait ceci dans un article publié sur le site de l’association et intitulé «l’évasion d’O.F.»: «En ouvrant la brèche qui permet à Oskar Freysinger de s’échapper, cette vaste conjuration, qui court du PLR au PS en passant par le PDC et son Nouvelliste, vient de donner à toute la droite romande, à l’aube des combats sur la libre circulation, RASA et les accords-cadres, le chef et le meneur qui lui manquaient.»

Contre la libre circulation des personnes: le combat de sa vie

Bénéficiant d’un calendrier politique favorable, Oskar Freysinger pourrait incarner le combat souverainiste. Lors de son assemblée du 6 mai prochain, l’ASIN soumettra à ses membres deux à trois propositions d’initiative populaire visant à résilier l’Accord sur la libre circulation des personnes avec l’Union européenne (lire ci-dessous). La fin de la migration européenne, le retour des frontières, la défense de la souveraineté suisse, l’identité nationale: autant de thèmes qu’Oskar Freysinger affectionne et qu’il a érigés en piliers de son combat politique. Le 9 février dernier, en pleine campagne pour le Conseil d’Etat valaisan, il avait même organisé un point de presse avec Adrien de Riedmatten pour commémorer l’acceptation, il y a trois ans, de l’initiative contre «l’immigration de masse».

Oskar Freysinger m’a confirmé qu’il est prêt à s’engager davantage sur le terrain pour l’ASIN. Mais avec quelles tâches et quels buts? Ce n’est pas encore décidé

Werner Gartenmann, directeur de l’ASIN

Au niveau organisationnel, les postes du secrétariat général de l’ASIN et de la présidence sont toutefois déjà occupés. Peu importe. Werner Gartenmann, le directeur de l’association, confirme que la collaboration avec Oskar Freysinger s’intensifiera ces prochaines années. Le futur ex-conseiller d’Etat s’est mis à disposition. «Il m’a dit qu’il aurait plus de temps et m’a confirmé qu’il est prêt à s’engager davantage sur le terrain pour l’ASIN. Mais avec quelles tâches et quels buts? Ce n’est pas encore décidé», indique-t-il.

L’Association pour une Suisse indépendante et neutre compte profiter des compétences du Valaisan notamment pour mobiliser sa base en Suisse romande. «Oskar Freysinger est très connu, bilingue, il parle bien et maîtrise les dossiers qui nous tiennent à coeur – neutralité, Union européenne, démocratie directe. C’est un avantage pour nous.» Le conseiller d’Etat sortant pourra ainsi endosser à nouveau son rôle de prédilection, celui de l’opposant. Il retrouvera qui plus est dans l’arène l’une de ses cibles favorites, la ministre socialiste Simonetta Sommaruga, qui semble attendre avec impatience une future campagne sur la libre circulation.

Davantage de liberté qu’à l’UDC

En rebondissant à l’ASIN après son passage à l’exécutif valaisan – grâce auquel il a droit à une rente annuelle d’environ 80’000 francs – Oskar Freysinger se met aussi en marge de l’UDC. Il reste vice-président romand du parti, mais la direction alémanique se méfie de l’imprévisibilité du politicien de Savièse. En froid avec Christoph Blocher, évincé de la dernière course au Conseil fédéral au profit de Guy Parmelin, Oskar Freysinger a été pris pour cible par le président de l’UDC Albert Rösti pas plus tard que dimanche dernier, dans Le Matin Dimanche et la SonntagsZeitung. «Les rencontres d’Oskar Freysinger à l’étranger avec des organisations d’extrême droite que l’UDC n’apprécie guère n’ont pas non plus été goûtées par la population», affirme le Bernois, mettant ainsi de la distance entre l’UDC et son vice-président.

Et si l’Association pour une Suisse indépendante et neutre est un satellite de l’UDC, elle garde une marge de manœuvre suffisante à garantir la liberté du tribun-poète. Nous avons cherché à joindre ce dernier plusieurs fois jeudi pour une prise de position. Mais depuis son éviction du Conseil d’Etat valaisan, Oskar Freysinger s’est engagé dans un boycott médiatique. Dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux suite à son échec, il affirmait: «Un chapitre de ma vie est en passe de se terminer. Mais l’avenir me réserve tant de belles pages à écrire dans la paix et la sérénité que tout regret s’apparenterait à de l’ingratitude».

Ces prochaines pages porteront pour certaines la signature de l’ASIN. Pour la paix et la sérénité, rien n’est garanti.


L’ASIN veut attaquer la libre circulation… tout en défendant les Bilatérales

Chaque mot a été pesé car le débat qui s’ouvre s’annonce orageux. Le 6 mai prochain, un point intitulé «Mesures contre la libre circulation des personnes» figure à l’ordre du jour de l’assemblée annuelle de l’ASIN. Il s’agit plus précisément pour le comité de l’association de soumettre aux membres des projets de texte en vue du lancement d’une nouvelle initiative populaire sur la libre circulation des personnes.

Étonnamment, sur son site, l’ASIN n’utilise pas le terme de «résiliation» pour évoquer le sort qu’elle souhaite réserver à l’Accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) avec l’Union européenne. Volontaire? Le directeur de l’ASIN, Werner Gartenmann acquiesce. «Nous avons discuté d’une douzaine de textes d’initiative. Nous voulons offrir un choix clair à la population et éviter ce qui s’est passé avec l’initiative sur l’«immigration de masse» qui n’était pas assez bien rédigée à notre goût. Mais c’est délicat. Nous remettons en question la libre circulation des personnes, mais ne voulons pas résilier l’ensemble des Bilatérales I».

Pourtant, l’ALCP est lié juridiquement aux autres accords du paquet des Bilatérales I par une clause guillotine. Si le premier est dénoncé, les autres tombent automatiquement. «C’est un fait et nous ne le contestons pas. Mais si nous résilions la libre circulation des personnes, nous pouvons encore chercher à discuter avec Bruxelles et trouver des solutions», plaide Werner Gartenmann. (L.B.)

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