Oskar Freysinger, le calcul de la discorde

Valais Le ministre UDC coupe 5 millions dans l’école

Il soulève l’indignation de tous les partis

Les coupes budgétaires dans le Service de l’enseignement de l’Etat du Valais sont critiquées de toutes parts. Oskar Freysinger doit y économiser 5 millions de francs en 2014. Il prévoit de supprimer des heures de décharge pour les enseignants ainsi que les allégements de fin de carrière, ce qui aura notamment pour effet de réduire les heures de soutien scolaire. Il réduira aussi les heures dévolues à la direction des établissements. Ces mesures pèsent l’équivalent de 78 postes à plein temps.

Mardi, Oskar Freysinger a choisi de présenter les chiffres valaisans issus du rapport suisse sur l’éducation 2014. Il met en évidence l’excellent rapport qualité-prix de l’école valaisanne. «Surtout si l’on considère que nous avons plusieurs écoles de montagne avec très peu d’élèves, ce qui augmente le prix de l’année scolaire par élève», explique Jean-Marie Cleusix, chef du Service de l’enseignement. «Si nous maintenons des effectifs dans les vallées, ce qui est cher aux yeux du parlement, nous devons économiser ailleurs», enchaîne Oskar Freysinger, en touchant la corde sensible du PDC, dont l’électorat est surtout montagnard.

Puis, il annonce une augmentation du nombre d’élèves de 7 à 12% d’ici à 2021. «Ouais…», répond ­Oskar Freysinger, quand on lui ­demande combien cela coûtera. «Euh…», dit-il en calculant de tête. «Si l’on considère le 10% du budget du Service de l’enseignement, cela représente déjà 40 millions», lâche-t-il finalement. «Mais j’espère bien ne pas être dans une situation budgétaire comme aujourd’hui dans les années qui viennent», poursuit-il.

A son entrée en fonction, Oskar Freysinger avait très vite fait état de ces millions qu’il allait devoir économiser. Pour la présentation du budget au Grand Conseil, il avait proposé de couper dans les bourses d’études, d’augmenter les amendes d’ordre et de faire payer une partie des crèches aux entreprises. Ces idées avaient provoqué un tollé au sein du parlement, comme le prévoyait d’ailleurs ­Oskar Freysinger, qui espérait infléchir la méthode du grand argentier PDC, Maurice Tornay. «Chaque département a son enveloppe budgétaire et doit faire avec, alors que dans certains départements les coupes sont plus problématiques et plus douloureuses», expliquait-il alors.

Le parlement avait évidemment refusé ces propositions mais avait maintenu que le Département de la formation et de la sécurité devait économiser 10,5 millions de francs. Oskar Freysinger a choisi d’en couper 5 au Service de l’enseignement, 3 au Service de la formation professionnelle, 1,1 à la formation tertiaire et le reste dans divers services.

Cette situation suscite à nouveau une levée de boucliers, tous partis confondus. «Cela aurait pour conséquence une baisse de la qualité de l’enseignement», estime le PDC dans un communiqué la semaine dernière. «Pourquoi 50% des économies sont-elles concentrées sur un seul service alors que le département en compte onze? L’actuel chef du Service de l’enseignement [ndlr: Jean-Marie Cleusix] a-t-il défendu son service convenablement auprès du chef de département?» poursuit-il. Dans les couloirs de l’administration publique, on raconte qu’Oskar Freysinger a réuni ses chefs de service pour savoir qui pouvait procéder à des économies. Jean-Marie Cleusix, personnage très controversé en Valais depuis que la commune de Leytron a raconté ses démêlés fiscaux, aurait alors proposé de procéder à ces coupes. «Je ne pouvais pas jouer la sécurité contre l’école, justifie Oskar Freysinger. D’autant que les ratios de policiers par habitants sont fixés par le Grand Conseil», dit-il.

Malgré la grogne des enseignants et des politiques, Oskar Freysinger maintient que sa stratégie face au Grand Conseil était la bonne. «Vous verrez pourquoi dans trois semaines, quand le parlement viendra avec de nouvelles propositions», affirme-t-il sans vouloir en dire plus pour ménager son effet devant le Grand Conseil.

Le PS s’en prend, lui, à l’ensemble du Conseil d’Etat pour son «manque de vision politique, son incapacité à définir des priorités: l’exercice du budget 2014 démontre les manquements de l’Etat», écrit-il. Mais le parti ne dit pas un mot des quelque 8 millions que sa conseillère d’Etat, Esther Waeber-Kalbermatten, doit couper dans le Département de la santé, des affaires sociales et de la culture. «Le parlement m’a indiqué que je devais économiser dans la santé à la rubrique des subventions, qui pèse quelque 600 millions», explique la conseillère d’Etat au Temps. «Quand la décision sera entérinée par le Conseil d’Etat, j’organiserai une information à la presse pour expliquer de quelle manière nous avons procédé pour couper dans les subventions aux primes pour les assurances maladie», poursuit-elle. D’ici là, elle a choisi la discrétion. Au contraire d’Oskar Freysinger.

A eux deux, les départements du PS et de l’UDC comptent 19 millions d’économie – et les budgets les plus conséquents de l’Etat – contre 9 millions pour les trois départements PDC. «De qui se moque-t-on?» demande l’UDC dans un communiqué.

«Pourquoi 50% des économies se font-elles sur un seul service alors qu’il y en a onze?» dit le PDC