Le 17 août prochain, Oswald Sigg rendra compte pour la première fois de la séance hebdomadaire du Conseil fédéral, la première après la pause estivale. S'ouvrira alors une ère nouvelle dans la communication politique, au terme des vingt-quatre années durant lesquelles Achille Casanova aura fonctionné. Le changement de porte-parole coïncide en effet avec une modification, sinon du mode, au moins du climat de fonctionnement de l'exécutif. Reflétant lui-même les variations de l'environnement politique, le Conseil fédéral apparaît de moins en moins comme une enceinte vouée à la collégialité et à la recherche du consensus et de plus en plus comme un lieu de polarisation et d'affrontements.

Informer sereinement sur ses travaux et ses décisions représente dès lors un défi croissant. Cela pourrait expliquer, en partie, les conditions très controversées qui ont présidé à la nomination d'Oswald Sigg, imposé par la chancelière Annemarie Huber en marge du processus officiel de sélection. Il fallait un candidat ayant, en plus de l'expérience politique et de la connaissance du sérail, les épaules particulièrement larges. A 61 ans, Oswald Sigg sera un porte-parole de transition, qui accompagnera le changement sans probablement en voir le terme

Une fois retombés les échos de la polémique née de la quasi-disparition des Latins de la Chancellerie fédérale, on ne peut qu'être frappé par les similitudes dans le cursus des deux hommes, qui ont tout deux partagé, inégalement, leur carrière entre le Palais fédéral et le monde des médias, accumulant de la sorte un trésor d'expériences pour jouer l'interface entre ces deux mondes.

Pour avoir exercé ses fonctions durant près d'un quart de siècle, Achille Casanova, qui a vu défiler plus d'une vingtaine de conseillers fédéraux, était au bénéfice d'une expérience et d'une autorité auxquelles Oswald Sigg ne peut prétendre à l'identique. Mais le Zurichois affiche lui aussi une très solide connaissance du sérail et de ses mœurs, accumulée auprès de plusieurs conseillers fédéraux depuis qu'il est entré au service de Willi Ritschard. Il effectue même une sorte de retour aux sources, puisqu'il avait commencé sa carrière, précisément, au service d'information de la Chancellerie. Il va en somme passer de la partie au tout, en devenant le communicateur du Conseil fédéral après avoir été successivement communicateur et conseiller de Willi Ritschard et d'Otto Stich aux Finances, puis d'Adolf Ogi et de Samuel Schmid à la Défense, et enfin de Moritz Leuenberger. Entre-temps, il aura fait un passage à la direction de l'ATS et exercé les fonctions de porte-parole de la SSR.

S'ils sont de la même génération et ont partagé durant des lustres le même biotope du Palais fédéral, Oswald Sigg et Achille Casanova ne sont pas de la même école. Le second présente l'image typique du grand commis de l'Etat, dévoué au bien commun, d'une loyauté totale envers le gouvernement, nostalgique d'une époque où l'autorité d'un conseiller fédéral allait de soi, solidement adossé, de surcroît, à l'arrière-pays idéologique et géographique du PDC et du Tessin.

Le premier affiche un profil beaucoup plus politique, et peut sans doute compter sur un nombre d'ennemis bien supérieur. Homme de l'ombre ne détestant pas les coups de projecteur, tireur de ficelles ou conseiller discret, il lui a fallu allier l'habileté à la compétence pour survivre professionnellement dans un milieu où l'on ne fait guère de cadeaux. Un socialiste, polémiste dans les colonnes d'un journal syndical, partisan en son temps de la suppression de l'armée, doit faire preuve de quelque talent pour demeurer le conseiller apprécié de deux conseillers fédéraux de droite, ministres de la Défense par ailleurs. S'il a fini par surmonter les préventions de la majorité de la hiérarchie militaire, Oswald Sigg n'a pas désarmé l'hostilité de l'UDC, dont il demeure la bête noire. Sa promotion à la Chancellerie ne devrait pas changer grand-chose à cet égard.

Il n'y pas que dans les rangs de l'UDC, du reste, que l'on attend avec intérêt de le voir à l'œuvre. Comme Christoph Blocher, Oswald Sigg plaide pour une information plus transparente, sans que l'on sache très bien ce que cela implique. Surtout, ce n'est pas exactement la même chose que d'assurer la communication d'un conseiller fédéral, avec ce que cela comporte d'exercice d'influence ou de manipulation, et celle du collège gouvernemental. Oswald Sigg passait pour un orfèvre dans l'organisation de fuites au bénéfice de ses patrons successifs. Au service du Conseil fédéral dans son ensemble, la fuite ne sera plus un instrument de communication. La chancelière, Annemarie Huber, en outre, déteste les fuites.