Ce printemps, une dizaine de parlementaires décidaient de se réunir autour du radical lucernois Otto Ineichen, pour réfléchir au moyen de freiner la hausse des coûts de la santé. Outre la promesse de dépasser les frontières partisanes, ces politiciens, de droite comme de gauche, prévoyaient de dégager des économies substantielles. Or, force est de constater que lors du débat de mercredi au Conseil national, les résultats du «groupe Ineichen» ont au final paru bien minces... Alors, un flop, l’initiative de l’entrepreneur lucernois? «C’est vrai, c’est un peu tombé à l’eau», admet Otto Ineichen. Son explication? Les pressions exercées par les lobbies sur son clan interpartis. Mais, prévient le député radical, qui souligne toutefois le rôle de moteur joué par son groupe, ce n’est là que partie remise. Interview.

Les propositions de votre groupe interpartis ne permettent pas de dégager des économies substantielles... Un échec, le groupe Ineichen?

Non. Les lobbies ont exercé de fortes pressions sur nous. Surtout celui des médecins, qui disposent d’un grand pouvoir en Suisse. Ils ne réalisent pas que le fait de ne rien concéder représente un danger, tant pour l’avenir de la politique de la santé en Suisse que pour eux-mêmes. Il n’est en effet pas impossible que l’on se retrouve, d’ici deux ans, avec une caisse unique, et que les médecins deviennent des employés de l’Etat. Si l’on veut éviter d’en arriver là, les praticiens doivent apprendre à faire des concessions pour sortir des blocages de la santé. Et ne pas brandir la menace d’une initiative populaire.

Vous citez les médecins. Mais qu’en est-il des autres acteurs et groupes d’intérêt, soit la pharma, les caisses maladies, les cantons?

L’industrie pharmaceutique a également exercé des pressions. Toutefois, la pharma, comme les assureurs d’ailleurs, se montre, dans une certaine mesure, prête au compromis. Enfin, pour ce qui est des cantons, les problèmes sont d’un autre ordre. Il se situent au niveau des investissements que ces derniers effectuent aujourd’hui, dans le but de rester compétitifs lors de l’introduction du libre choix des hôpitaux dès 2012. C’est un gros problème, car il sera nécessaire de fermer des hôpitaux à l’avenir.

Si le groupe que vous avez constitué n’a pas réussi à dépasser les frontières partisanes, allez-vous le dissoudre?

Pas du tout. Certes, nous n’avons pas réussi à surmonter les lobbies. Mais nous avons eu le mérite de faire pression pour qu’un réel débat soit mené. Par ailleurs, nous avons certainement réussi à freiner la hausse des primes prévues pour 2010. On parlait au départ d’augmentations de l’ordre de 15%. On constate aujourd’hui que les hausses seront moins élevées que prévu.

Le groupe Ineichen va donc continuer à se réunir, en parallèle aux commissions de la santé du parlement?

Oui. Peut-être tous les deux mois. Ruth Humbel (PDC/AG) continuera d’en assurer la présidence. Et j’ai personnellement décidé de m’engager financièrement pour ce groupe, notamment pour financer des expertises de notre système de santé.

Combien d’argent êtes-vous prêts à mettre?

Cela, je ne peux pas vous le dire.