Otto Stich, qui a quitté le gouvernement en 1995, n'a jamais véritablement tourné le dos à la politique. Il la pimente régulièrement de ses réflexions et de ses leçons. Le voilà qui surgit pourtant où on l'attendait moins: dans le dernier service de presse du PS, il prend position contre la réforme de la péréquation financière. Ce qui est piquant, car ce projet avait été lancé alors qu'il dirigeait le Département fédéral des finances. «C'est vrai», concède-t-il au téléphone. «Mais, à cette époque, on n'a fait que mener les premières discussions. Le projet qui en est ressorti après mon départ n'est pas bon», critique-t-il.

«Antisocial»

Il adresse plusieurs reproches à la réforme de la péréquation financière. Premièrement, elle prévoit de nouveaux concordats intercantonaux pour la gestion de certaines tâches (institutions pour handicapés, médecine de pointe, universités, HES, transports publics urbains, culture, élimination des déchets, évacuation des eaux, exécution des peines) et les cantons peuvent être obligés d'y adhérer. «Ce n'est pas démocratique», déplore l'ancien conseiller fédéral, qui reprend ici la thèse avancée naguère par un… radical, le professeur de droit bâlois René Rhinow.

Deuxièmement, il estime que la réforme doit aller plus loin et inclure une authentique harmonisation fiscale (les mêmes impôts dans tous les cantons), ce dont la droite n'a jamais voulu. Troisièmement, il qualifie la réforme d'«antisociale». «Elle arrive alors qu'il y a du chômage et que les cantons et les villes sont déjà très sollicités par l'aide sociale. Ce n'est pas le moment de leur transférer certaines tâches, car le parlement, dans sa composition actuelle, ne pourra tenir sa promesse d'assortir cette délégation de compétences des moyens financiers nécessaires», craint-il.

«Ce projet n'est pas antisocial», réplique sèchement le secrétaire général du PDC, Reto Nause, responsable de la campagne en faveur de la péréquation financière. «La nouvelle répartition des tâches s'accompagne aussi d'une adaptation des flux financiers. Il n'y aura pas de conséquences pour les bénéficiaires de prestations», assure-t-il. Il regrette qu'Otto Stich se mêle toujours de politique alors que «sa gestion de la caisse fédérale était loin d'être exemplaire». A cet argument, Otto Stich oppose son droit de citoyen. «En démocratie, l'avis d'un ancien conseiller fédéral peut être intéressant. Intervenir dans le débat ne me pose aucun problème», réplique-t-il. On rappellera que Ruth Dreifuss a agi de même en s'engageant contre la onzième révision de l'AVS ce printemps.