Si Samuel Schmid a sincèrement oublié, comme il le prétend, que l'auditeur en chef de l'armée l'avait informé le 14 novembre de l'enquête zurichoise à l'encontre du brigadier Roland Nef, sa mémoire est véritablement défaillante. Car un mois et demi plus tard, soit le 17 janvier 2007, le ministre de la Défense, sur recommandation du chef de l'armée Christophe Keckeis, également au courant de la plainte, propose au Conseil fédéral de nommer Roland Nef, commandant pour la formation d'application des blindés. Dans les faits, le brigadier ne change pas de grade mais cela représente tout de même une belle promotion. Le Conseil fédéral accepte cette proposition.

Roland Nef ne tarde pas à se rappeler au bon souvenir de Samuel Schmid. Neuf jours seulement après sa promotion, son bureau est cette fois perquisitionné dans le cadre de la plainte déposée par son ex-compagne. Christophe Keckeis est, bien entendu, au courant et en avertit le chef du DDPS, comme il l'a confirmé jeudi soir à la télévision alémanique.

Il apparaît donc que l'attention du ministre de la Défense a été attirée à plusieurs reprises à la fin de 2006 et au début de 2007 sur les démêlés du brigadier avec la justice zurichoise. Or il a déclaré, jusqu'à il y a peu, n'en avoir eu connaissance qu'au moment où il s'est entretenu avec Roland Nef durant la phase de sélection du nouveau chef de l'armée au début de l'été.

«Il n'y a pas eu de contrôle de sécurité pour cette première promotion de Roland Nef, ce n'est pas la règle pour ce poste», précise Christoph Brunner, suppléant du porte-parole de l'armée. Néanmoins, la mention de cette affaire pouvait difficilement ne pas figurer dans son dossier. Il est tout de même peu courant qu'un officier général fasse l'objet d'une procédure soumise au feu vert de l'auditeur en chef de l'armée, subordonné direct à Christophe Keckeis.

Les mésaventures de Roland Nef paraissent avoir circulé au sein de la hiérarchie militaire, qu'on soupçonne, du reste, d'avoir vendu la mèche à la presse. On sait que Samuel Schmid, très attaché au respect de la vie privée et des bons usages, ne prêtait pas l'oreille aux bruits de couloir. Il a néanmoins eu plusieurs occasions d'être averti par la voie officielle de l'existence de cette affaire. Pourquoi n'y a-t-il pas porté plus d'attention? C'est une des questions que va se poser la commission de gestion du National à laquelle son homologue de la sécurité a confié l'affaire.

Son président Pierre-François Veillon a précisé vendredi la suite des opérations. La sous-commission chargée du DDPS va donner la priorité à cette enquête et a prévu des séances supplémentaires. Un premier bilan, établissant les faits, devrait être disponible fin novembre. Suivi ultérieurement du rapport final, qui contiendra les conclusions et les éventuelles recommandations. Mais le parlement devrait en parler en septembre déjà, lors d'un débat urgent. Comme les membres de la commission seront tenus au secret de fonction jusqu'à la parution du rapport, cela risque de poser quelques problèmes.