Les Jurassiens sont des gens ambivalents, tantôt conservateurs, tantôt «révolutionnaires». Dans les années 70, ils ont pris le risque considérable de créer un nouveau canton, et l'ont confié au PDC. En 1993, après quinze ans de souveraineté devenant ronronnante, ils optent pour la rupture, éjectent du gouvernement socialistes et radicaux, élisent Odile Montavon et Pierre Kohler. Quinze mois plus tard, retour au conformisme avec un exécutif comprenant 3 PDC, une radicale et un socialiste.

2002 entre dans les années «révolutionnaires»: les Jurassiens élisent comme ils votent au centre gauche, choisissent de fortes personnalités, au discours trempé et aux convictions sociales affirmées. Les Jurassiens des villes, progressistes, dictent leur loi aux Jurassiens des campagnes conservatrices.

A présent au pouvoir, socialistes et chrétiens-sociaux doivent délaisser leurs idéologies pour gouverner. Ils ont la légitimité de faire valoir leurs sensibilités, mais pas à tout prix, surtout qu'ils ne disposent pas de majorité parlementaire. Ils devront être suffisamment sages pour composer avec un PDC qui apprendra à partager le pouvoir.

Passé du centre droit au centre gauche, le Jura montre qu'il apprécie surtout le centre et le compromis intelligent, qui sert l'intérêt supérieur du canton. Les électeurs n'ont que faire des chicanes partisanes.

Qu'ils soient PS, PDC ou PCSI, les ministres doivent rapidement devenir des femmes et hommes d'Etat. Sans quoi, le vent du changement qui a soufflé en rafale dimanche risque de souffler dans l'autre sens dans quatre ans.