Immobilier

Le oui des Genevois fait entrevoir des logements au PAV

Le projet de loi soumis au vote a été accepté par une large majorité. Le secteur Praille-Acacias-Vernets (PAV) connaîtra deux logements pour un emploi. Reste à financer le déménagement des entreprises et la construction de logements

«C’est un oui au projet Praille-Acacias-Vernets. Au-delà des querelles de chiffres sur le type de logements, les Genevois ont donné un signal clair en faveur du principe du développement de ce quartier.» Ancien conseiller d’Etat chargé de l’aménagement, Mark Muller a été à l’origine de ce grand projet de requalification urbaine. Pendant près de quinze ans, le PAV n’a eu d’existence que dans les débats parlementaires, les accords entre opposants et autorités et les dessins d’architectes.

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Avec le vote de ce dimanche, les choses pourraient changer. Soumis à l’approbation populaire pour la première fois, le PAV a recueilli 61% de oui. La modification de loi approuvée permet de construire 12 400 logements pour 6200 places de travail sur 140 hectares. Sur les terrains en mains de l’Etat en zone de développement, 62% de logements d’utilité publique seront construits. Mark Muller était accompagné par d'autres dissidents de droite dans la campagne du oui: «Le projet peut aller de l’avant. C’est une très bonne chose.»

Pour le conseiller d'Etat chargé du logement, Antonio Hodgers, la satisfaction est intense. Il voit dans ce vote le confirmation de la politique du Conseil d'Etat et se projette dans la prochaine étape: l'adoption des plans localisés de quartier des secteurs Etoile 1 et Acacias 1 (3 300 logements en tout). Aux Vernets, les travaux devraient commencer en 2020. Les inquiétudes liées au financement sont vaines, selon le magistrat: un accord avec plusieurs communes garantit 2,5 milliards de francs. Ne manque plus qu'un pilier à son plan: la création d'une Fondation qui doit négocier le départ des entreprises qui travaillent au PAV. Le Grand Conseil a refusé le projet de loi ad hoc. Un nouveau projet a été déposé auprès de la Commission du logement. «Le Conseil d'Etat appelle les partenaires à sa retrouver et à établir une dynamique de compromis», a conclu Antonio Hodgers.

«Dans quatre ans, ils reviendront avec un nouveau projet»

Le PLR, le PDC et l’UDC étaient opposés à la loi votée dimanche. A leurs yeux, le taux de propriétés par étages (PPE) de 12% ne permet de financer ni les logements, ni le déménagement des entreprises. Pour Marc Fuhrmann, président de l’UDC, «les Genevois ont préféré voir les choses bouger dans le PAV, quitte à accepter un projet mal ficelé». Bertrand Buchs, président du PDC, est plus pessimiste: «Je suis convaincu que c’est un vote pour rien. Dans quatre ans, ils reviendront avec un nouveau projet de loi car ils n’ont simplement pas l’argent nécessaire pour faire partir les entreprises et pour construire.» «Le gouvernement a obtenu ce qu’il cherchait, analyse Benoît Genecand, conseiller national PLR. Pour l’instant, ce grand projet est fait de promesses, de plans et d’actes juridiques. Il est temps de passer au béton!»

Une campagne qui laissera des traces

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La Chambre genevoise immobilière s’était engagée énergiquement dans la campagne du non. Le résultat déçoit, mais ne surprend pas son président, Pascal Pétroz. Il en appelle désormais à une pacification des rapports entre les acteurs du logement à Genève. La campagne a été dure, les deux camps s’accusant mutuellement de mentir. Au sein de la droite, les lézardes sont profondes. «Nous prenons acte de ce résultat et nous en appelons au discours de Saint-Pierre, prononcé par le Conseil d’Etat, qui a mis l’accent sur le consensus et le contrat de législature, dit Pascal Pétroz. Nous y adhérons et nous tendons la main à tous les acteurs de la construction afin de renouveler le pacte de 1957, qui a posé les bases du secteur à Genève.»

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L’impérieuse nécessité de réussir le PAV à Genève

Le oui au PAV est un succès politique pour Antonio Hodgers. Rien n’obligeait le magistrat chargé de l’aménagement à soumettre au vote la modification de loi appréciant le nombre de logements par rapport aux emplois dans le quartier Praille-Acacias-Vernets en devenir. Il a choisi de le faire afin de recueillir l’approbation des Genevois. C’est chose faite, avec une belle marge.

La crédibilité de l’action politique en jeu

Ce vote renforce la légitimité de ce qui a été entrepris sur ces hectares où doivent se déployer des solutions aux problèmes qui plombent le canton: manque de logements et mobilité en panne. Mais il a également mis au jour le fait que le domaine du logement est doublement otage à Genève: de jeux politiques qui assurent des voix et du financement aux partis qui s’y livrent, et d’une bureaucratie qui ralentit un processus déjà tortueux. Quinze ans pour ne pas planter le moindre clou, c’est long!

Réussir la suite du PAV est une nécessité impérieuse. Il y va de la crédibilité de l’action politique. Les Genevois ont voté pour que les choses bougent enfin. La perspective d’y voir enfin des logements ne doit plus être repoussée. Sortons des dogmes, à gauche comme à droite. Au PAV comme ailleurs dans le canton, la loi en place depuis des décennies doit servir de socle aux solutions propres à satisfaire la forte demande des Genevois. S’attaquer au principe de la propriété privée ou à celui de la zone de développement, comme l’ont fait la gauche et la droite ces derniers mois, ne mène nulle part. Antonio Hodgers doit être le garant de cet équilibre.

(DVH)

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