«Le train de l'Europe avance, mais avec de forts vents contraires»: ce titre de presse pourrait dater d'hier, il remonte à 1992. Il barrait la Basler Zeitung du 3 août, c'est-à-dire quatre mois avant le vote sur l'entrée dans l'Espace économique européen (EEE). Alors que s'ouvre officiellement, ce mardi, la campagne des partisans de l'initiative «Oui à l'Europe», une comparaison des sondages montre que l'opinion semble plus stable aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a huit ans, même si elle n'est pas, en soi, plus rassurante pour les europhiles. Car, si l'idée d'adhérer à l'Union progresse de façon générale, une courte majorité ne veut pas de ce rendez-vous bruxellois pour le 4 mars prochain (Le Temps du 8 janvier).

L'euphorie de 1992

Pendant une partie de l'année 1992, l'euphorie a été de mise: le taux national d'acceptation de l'EEE frôlait les 60% au mois de mai. Le 30 août, la Tribune de Genève affirmait en toute confiance: «Oui à l'EEE, non à la Communauté» (devenue l'Union). Le quotidien présentait un sondage réalisé vingt-quatre heures après le vote des parlementaires: 66,6% des conseillers nationaux avaient alors plébiscité l'Espace économique, tandis que 50,2% du panel de citoyens retenu par MIS Trend faisait de même. Insensiblement pourtant, le oui s'érodait. Marquées par le traumatisme du «dimanche noir» du 6 décembre, les mémoires ont un peu oublié le fait que les signaux d'alerte s'étaient déjà multipliés durant la dernière ligne droite de la campagne EEE. La SonntagsZeitung tire la sonnette d'alarme le 13 septembre, en notant le risque d'un échec dû aux cantons. L'hebdomadaire dominical, sur la base d'une étude de l'Institut GfS de Berne, recense 12 cantons contre et 11 pour. L'équilibre est fragile, mais le journal avertit: la majorité populaire est faible (50,2%) et l'EEE pourrait «échouer» sur la double majorité. Dix jours plus tard, L'Illustré veut encore y croire: les Français viennent d'accepter le Traité de Maastricht en référendum, au terme d'un débat houleux, et cela dope la cause européenne, estime l'hebdomadaire, qui crédite le oui de 59%. Le 22 octobre, soit six semaines avant le vote (le scrutin «Oui à l'Europe» a lieu dans huit semaines), L'Hebdo publie un «scénario catastrophe» qui voit juste: «Les Alémaniques refusent l'EEE.» Non seulement la majorité cantonale n'est pas acquise, mais «si rien ne change, ce sera non».

Rien n'a changé, et l'EEE a été refusé à 50,3% des voix. Mais les europhiles bénéficient aujourd'hui, à défaut d'une adoration populaire, d'une opinion publique moins volatile: en 1998 déjà, alors que le groupe de travail Suisse-Europe emmené par Ulrich Fischer (PRD/

AG) et Philippe Pidoux (PRD/VD) préconise de relancer une adhésion à l'EEE, cette voie obtient alors 59% d'avis favorables. En septembre 2000, la cote de l'Union est de 47%, annonce GfS (son «eurobaromètre» est basé sur 945 sondages). Le 19 décembre, elle atteint 52% d'avis favorables, contre 37% de refus. Fin décembre, recourant à un panel un peu plus étendu, GfS donne même 50% d'avis favorables à «Oui à l'Europe», contre 47% d'opposants. La campagne pour cette prochaine initiative étant particulièrement courte, les prochaines consultations montreront si elle suit, en raccourci, le lent déclin des voix favorables observé durant l'année 1992, ou si les partisans arrivent à maintenir une proportion à leur avantage, indépendamment de la question de la majorité des cantons.