Le soutien du PDC à l'initiative populaire «Oui à l'Europe!», décidé le 20 janvier à Berne par 189 voix contre 148, ne sera-t-il bientôt plus qu'un oui de façade? C'est fort probable, car pas moins de onze sections cantonales vont donner, ces jours prochains, leur mot d'ordre dans l'optique des votations du 4 mars et l'on peut craindre que dix d'entre elles – voire carrément les onze – ne prennent position contre l'initiative. Or, à ce jour, neuf sections, toutes alémaniques, ont déjà émis un mot d'ordre négatif, alors que six PDC cantonaux, à savoir Bâle-Ville, Berne, Fribourg, Genève, le Jura et Vaud, sont d'un avis semblable à celui du parti national.

Sous-groupe conservateur

Parmi les onze sections qui doivent encore se déterminer, une seule, celle du Valais romand, paraît susceptible de voter dans le même sens que le PDC national. «Mais ce sera très serré. A l'assemblée du PDC suisse, nos représentants étaient divisés. Nous sommes pour l'Europe, mais l'initiative elle-même ne fait pas l'unanimité», explique son président, Eddy Duc, à la veille de la séance du conseil de parti, qui a lieu ce soir et dont le mot d'ordre pourrait être influencé par la proximité des élections cantonales, elles aussi agendées au 4 mars.

Le président du PDC suisse, Adalbert Durrer, n'est pas surpris qu'une nette majorité des antennes démocrates-chrétiennes cantonales s'opposent à «Oui à l'Europe!». «J'ai déjà prévenu, lors de l'assemblée de Berne, que cela arriverait. Et ce sera évidemment un problème, car cela dénote plusieurs clivages: entre Romands et Alémaniques, entre villes et campagnes, entre jeunes et aînés», observe-t-il. En prenant position contre «Oui à l'Europe!», le Parti radical suisse s'est en quelque sorte épargné ce psychodrame politique, car il a voté dans le même sens que la majorité de ses sections cantonales. Il n'en a pas moins un problème avec sa minorité romande, plutôt favorable à «Oui à l'Europe!».

Au PDC, cette divergence entre parti national et cantons laissera assurément des traces, car elle intervient à un moment où plusieurs députés fédéraux de tendance conservatrice veulent se faire entendre au sein du groupe parlementaire. Ils ont l'intention de constituer un sous-groupe comme il existe déjà un sous-groupe latin ou un sous-groupe économique. Cette idée n'est pas directement liée à «Oui à l'Europe!». Elle remonte au mois de décembre et ses origines sont plutôt à rechercher dans la volonté de mieux exprimer les valeurs conservatrices sur différents thèmes tels que l'intégration européenne, les assurances sociales ou l'avortement. Une séance constitutive est agendée pour le 23 février. Bien que lui-même conservateur, Adalbert Durrer n'y participera pas. «Ce n'est pas mon rôle. Je ne dis pas que je ne ferai jamais partie de ce sous-groupe, car je viens d'une région, Obwald, qui partage les idées qui lui sont chères. Mais mon rôle consiste aujourd'hui à rassembler», fait-il remarquer.

Pour le chef du groupe parlementaire, Jean-Philippe Maitre, «ce sous-groupe aura droit de cité s'il a pour objectif de mieux intégrer les valeurs qu'il défend. Il commettra en revanche une faute stratégique s'il veut faire une sorte de suivisme de l'UDC. Le PDC a aujourd'hui une belle carte à jouer. L'UDC est dominée par son aile zurichoise. Le Parti radical veut être plus à droite, le Parti socialiste plus à gauche. Le PDC dispose par conséquent, au centre, d'un espace politique dont il n'a jamais bénéficié», analyse le Genevois.

Le soutien à «Oui à l'Europe!» s'inscrit à ses yeux clairement dans ce cadre. De sorte que, malgré l'avis différent émis par une nette majorité de sections cantonales, Jean-Philippe Maitre ne doute pas de la valeur du vote de l'assemblée du PDC suisse. «Sa représentativité est incontestable. La participation a été massive. Il est vrai qu'une majorité de sections semble d'un avis différent, mais les écarts de voix sont parfois faibles», souligne-t-il. De son côté, Adalbert Durrer, lui-même opposé à l'initiative, explique le oui du PDC national par le fait que «les partisans de l'adhésion se sont bien organisés avant l'assemblée de Berne».