Les résultats des votations de dimanche conduisent une nouvelle fois à s'interroger sur la valeur des sondages réalisés durant la campagne. Le vote favorable du peuple avait certes été «prédit» tant sur la nouvelle péréquation financière que sur la loi sur les cellules souches. Mais, dans les deux cas, le oui s'est avéré beaucoup plus massif qu'attendu.

Le patron de l'institut GfS Bern, Claude Longchamp, qui réalise les traditionnels sondages d'avant votation pour la SSR, n'a pas souhaité répondre au Temps. Mais, selon le chef du département Actualités de la TSR, André Crettenand, qui a pu s'entretenir avec Claude Longchamp, ce dernier avance deux explications principales aux écarts constatés. Beaucoup de citoyens qui assuraient qu'ils iraient voter lorsqu'ils avaient été interrogés pour la dernière fois par GfS il y a trois semaines n'en ont finalement rien fait. Le taux de participation n'a ainsi atteint que 36% alors qu'il était attendu aux alentours de 43%. S'y ajoute qu'une frange inhabituellement importante des citoyens se déclarait encore indécise dans le sondage. Ils étaient encore 18% à déclarer ne pas savoir s'ils soutiendraient ou non la loi sur les cellules souches durant la première moitié de novembre. La nouvelle péréquation faisait même hésiter 32% de la population.

Ces deux facteurs semblent pouvoir expliquer assez logiquement le score obtenu dimanche par la réforme de la péréquation. Pour les cellules souches, le mystère reste pratiquement entier. Car, comme le souligne Werner Reimann de l'institut Demoscope, «les sondages tendent à sous-estimer le vote des milieux conservateurs», car ceux-ci répondent généralement moins volontiers aux sondages que les franges plus libérales de la population. Or, en l'espèce, la très nette majorité des indécis semble curieusement avoir viré dans le camp du oui.

Autre fait difficilement explicable: les sondages mettaient en évidence une érosion du soutien à la recherche sur les cellules souches au fil des semaines. Six semaines avant le scrutin, 60% des citoyens disaient vouloir soutenir la loi. Ils n'étaient plus que 52% dans le sondage publié dix jours avant l'échéance. Au final, 66% ont pourtant adhéré au texte.

Une partie de l'explication pourrait résider dans un biais bien connu, mais presque impossible à éliminer. Les sondages sont réalisés sur la base de quotas par sexe et tranche d'âge, représentatifs de la population qui a le droit de vote. Or rien ne garantit que les gens qui voteront effectivement seront représentatifs. «Tendanciellement, il y a une surproportion d'hommes et de personnes âgées qui votent, mais cela peut fortement varier selon les scrutins», précise Werner Reimann.

Enfin, «un sondage n'a aucune valeur prédictive. Il ne constitue qu'un instantané de l'état de l'opinion à un moment bien précis», précise l'expert de Demoscope. Et ce avec une marge d'erreur de surcroît. Le sondage n'inclut donc pas en particulier les effets que la campagne a pu avoir durant les dernières semaines avant le scrutin.

Lors des votations de septembre, les sondages de l'institut GfS avaient encore davantage fait jaser. Six semaines avant le scrutin, l'institut annonçait que 75% des citoyens étaient favorables à la naturalisation automatique pour les étrangers de la 3e génération. Ils étaient encore 64% trois semaines plus tard. Mais, dans les urnes, on n'en retrouvait plus que 48%.

A la SSR, on ne voit toutefois pas de raisons de douter de la qualité du travail de GfS. Sur les naturalisations, «les résultats n'étaient pas surprenants car GfS avait clairement montré que le non progressait fortement au fil des semaines», estime Antonio Antoniazzi, responsable des sondages politiques à la télévision alémanique. Cela dit, «il faut admettre que les sondages ne constituent pas une science exacte». Et, surtout, en être conscient à tout instant.

Les sondages d'avant votation de GfS continueront en tout état de cause à rythmer les campagnes de votation jusqu'en 2007 au moins. Le mandat de l'institut bernois vient d'être renouvelé au printemps. Des six candidats sur les rangs, GfS offrait «le meilleur rapport qualité-prix», assure-t-on à la SSR.