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Libre circulation

Le «oui» net et clair de la Suisse

Par 59,6% de votes favorables, les Suisses ont accepté hier la reconduction des accords bilatéraux sur la libre circulation et leur extension à la Bulgarie et à la Roumanie.

Les craintes des partisans de la libre circulation, dans les deux semaines précédant le scrutin, n’avaient rien de la posture étudiée dans le but de convaincre les indécis jusqu’à la dernière minute. Tout le monde s’est réellement fait peur jusqu’au bout et la netteté du oui a causé une surprise générale. Ce sont manifestement les indécis, ou les personnes qui n’envisageaient pas, à l’origine, d’aller voter, qui ont fait la différence dans la dernière ligne droite, comme l’indique l’ampleur du vote par correspondance au cours de cette période. Eveline Widmer-Schlumpf, Doris Leuthard et Micheline Calmy-Rey ont donc tout naturellement exprimé une grande satisfaction dimanche à Berne.

La cheffe du Département de justice et police a assuré vouloir prendre au sérieux, dans la mise en œuvre de cette décision populaire, les craintes relatives à la politique migratoire. La ministre de l’Economie s’est félicitée d’un signal aussi significatif pour la croissance, l’industrie d’exportation et la santé des PME. La ministre des Affaires étrangères a quant à elle salué une augmentation de l’acceptabilité de la voie bilatérale. «Le oui d’aujourd’hui, a-t-elle ajouté, nous aidera à trouver une solution pour la poursuivre sur les plans matériel et institutionnel.» Micheline Calmy-Rey évoquait ainsi la perspective d’un accord-cadre qui mijote actuellement dans les cuisines suisse et européenne. Sur le plan international, le problème est que la recette n’est pas la même à Berne et à Bruxelles. Sur le plan national, la solution de l’accord-cadre a encore une acceptabilité limitée. Il est vrai que cette problématique n’a été évoquée que de façon marginale jusqu’ici.

Quoi qu’il en soit, ces 59,6% de oui représentent le meilleur résultat dans une votation de politique européenne depuis mai 2000, lorsque le premier paquet d’accords bilatéraux, qui comprenait précisément la libre circulation des personnes – à l’époque avec 15 Etats européens – avait été accepté avec 67,2% d’avis favorables. C’est une claire confirmation de l’acceptation de la première extension de la libre circulation, à 25 Etats, qui avait obtenu 56% de oui en 2005, avec en plus, à l’époque, l’appui résigné de Christoph Blocher. C’est mieux également que les scores réalisés par Schengen (54,8%) et le milliard de solidarité (54,3%), respectivement en 2005 et 2006.

Ce résultat à la clarté tout à fait inattendue peut être interprété comme un double message de la majorité du peuple – et des cantons, fait à souligner même si elle n’était en l’occurrence pas nécessaire. Il démontre que cette majorité reconnaît très clairement l’importance des relations entre la Suisse et l’UE, comme le fait que leurs intérêts sont indissolublement liés dans le contexte d’une crise globale. Il montre également que la majorité soutient, avec une conviction supérieure à ce qu’elle était lors des précédents scrutins, l’architecture des relations bilatérales avec l’UE, et tout particulièrement les deux piliers qu’en constituent, l’un ne va pas sans l’autre, la libre circulation des personnes et Schengen/Dublin.

Ce sont ces deux piliers, précisément, que l’UDC ne peut accepter. C’est même l’un des principaux enseignements de cette campagne, l’UDC ne s’est pas résignée à l’adoption du principe même de la libre circulation, dans la mesure où il implique un certain abandon, même contrôlé, de souveraineté. L’illusion entretenue au départ par le parti d’un refus opposé uniquement à l’extension à la Bulgarie et à la Roumanie et d’un soutien à la reconduction s’est complètement dissipée au fil des semaines. Et quand bien même la libre circulation aura été cautionnée quinze fois par une majorité populaire, l’UDC reviendra encore à la charge avec la même fureur parce que ce refus représente, depuis 1992, plus encore que sa raison d’être, le souffle vital qui l’anime.

Dans l’immédiat, on peut s’attendre à ce que l’UDC mette chaque chômeur supplémentaire, chaque licenciement, chaque difficulté rencontrée par une entreprise sur le compte de la libre circulation. Le parti ne manquera pas non plus d’exploiter toutes les difficultés que l’on ne manquera pas de rencontrer dans les semaines à venir avec l’UE. On se souvient que la Commission européenne avait eu la délicatesse et l’intelligence d’agresser la Suisse au lendemain même de l’acceptation du «milliard de la solidarité» en 2006.

On peut donc s’attendre à une longue guérilla de la part des démocrates du centre, qui ne sera peut-être pas sans poser quelques problèmes au parti lui-même, où l’aile économique a peut-être envie de tourner la page (lire en page 4). Beaucoup dépendra de la façon dont les partisans de la libre circulation, à peu près unis jusqu’à dimanche soir, sauront gérer l’acquis engrangé à cette occasion.

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