Médecines douces

Le oui triomphe, mais la vraie bataille commence aujourd’hui

Les Suisses ont plébiscité ce dimanche les traitements alternatifs. L’article constitutionnel demandant la prise en compte des médecines complémentaires a été adopté par 67% des voix et tous les cantons. Mais les cinq médecines alternatives citées durant les débats parlementaires ne seront pas forcément réintroduites dans l’assurance de base.

En tout, 1,28 millions de personnes ont accepté le contre-projet élaboré par le parlement pour obtenir le retrait d’une initiative populaire demandant la prise en charge de toutes les médecines douces.

L’homéopathie, la médecine anthroposophique, la phytothérapie, la thérapie neurale et la médecine chinoise seront-elles réintroduites dans l’assurance-maladie de base? Pas forcément. L’article constitutionnel donne certes mandat à la Confédération et aux cantons de prendre en compte, «dans les limites de leurs compétences respectives», les médecines alternatives dans leur système de santé. Mais la vraie bataille aura lieu au parlement. Car c’est à lui de fixer dans la loi les mesures qui permettraient de reconnaître les méthodes douces.

Le ministre de la santé Pascal Couchepin l’a d’ailleurs répété tout au long de la campagne. Le texte soumis à votation, qui fait office de contre-projet à l’initiative populaire «Oui aux médecins complémentaires», n’est pas contraignant. Le conseiller fédéral radical a prévenu que pour être remboursées par l’assurance de base, les méthodes alternatives devront répondre aux critères d’efficacité fixés par la LAMal. Ou alors, «il faudra changer la loi», ce qui nécessite l’aval d’une majorité d’élus.

Par ailleurs, de combien de pratiques complémentaires, parmi les centaines de méthodes exercées en Suisse, parle-t-on? Là aussi, il y aura débat. Le comité prônant le oui assure que seules les cinq médecines alternatives citées durant les débats parlementaires, et qui avaient été admises provisoirement dans l’assurance de base par Ruth Dreifuss en 1999, avant d’en être exclues en 2005, sont concernées. Pour les partisans de l’article constitutionnel, l’homéopathie, la médecine anthroposophique, la phytothérapie, la thérapie neurale et la médecine chinoise doivent en effet être «définitivement acceptées dans l’assurance de base si elles sont pratiquées par des médecins ayant suivi une formation continue reconnue par la FMH (ndlr: Fédération des médecins suisses)».

Mais du côté de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), on craint que les appétits ne se limitent pas à ces cinq pratiques. «Si on accepte de prendre en compte ces cinq méthodes, pourquoi ne pas élargir ces mesures à une sixième puis une septième?» se demandait durant la campagne le directeur de l’OFSP, Thomas Zeltner.

A ce jour, en Suisse, hormis l’acupuncture médicale et certains médicaments, les médecines complémentaires ne sont pas prises en charge par l’assurance de base. Elles doivent être payées par les patients ou couvertes par une assurance complémentaire. Selon l’OFSP, plus de 3000 médecins et 20 000 thérapeutes non-médecins utilisent plus de 200 méthodes alternatives et 70% des assurés possèdent l’une ou l’autre complémentaire couvrant ces prestations.

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