Le Conseil des Etats a approuvé ce lundi deux motions de sa Commission des transports et des télécommunications (CTT) en faveur d’une aide d’urgence aux médias privés à une très large majorité. Il soutient les journaux locaux et régionaux à raison de 25  millions, l’agence Keystone-ATS jusqu’à un maximum de 10  millions pour réduire encore les dépenses des éditeurs et enfin les radios et télévisions privées pour 30  millions. 

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La souffrances des médias privés

Ce sont des élus des régions périphériques qui ont été les plus ardents avocats des médias privés. Le président de la CTT, Stefan Engler (PDC/GR), tout d’abord: «Des médias indépendants et efficaces sont l’épine dorsale de notre démocratie», estime-t-il. Ils jouent un rôle systémique dans la transmission d’une information professionnelle que la population a appréciée en cette période de crise: en témoignent les audiences record qu’ils ont enregistrées. «Nous voulons conserver la diversité des médias et éviter une concentration supplémentaire», a insisté Stefan Engler.

Dans la foulée, Marianne Maret (PDC/VS) a ajouté: «Le risque existe que les régions périphériques deviennent des déserts médiatiques, comme c’est le cas dans certaines régions des Etats-Unis. C’est la raison pour laquelle une aide d’urgence s’impose pour résoudre les problèmes actuels de trésorerie de ces médias.» 

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C’est un fait. Malgré leur succès populaire, les médias privés souffrent beaucoup, certains jouant même leur survie. En fonction de la durée de la crise, les éditeurs suisses craignent des pertes publicitaires de l’ordre de 400  millions de francs en 2020. Quant aux 35 radios et télévisions – y compris celles qui ne touchent pas de quote-part de la redevance –, elles redoutent un manque à gagner de 65  millions, leurs recettes ayant chuté de 60 à 95%. Or, le coût des programmes pour des prestations de service public reste le même, lorsqu’il n’augmente pas.

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Des dividendes controversés

Pour les médias imprimés, cette aide d’urgence passe par La Poste, qui distribuera gratuitement les journaux locaux et régionaux afin de leur permettre de surmonter la crise. Quant aux radios et TV privées, elles recevront 30  millions qui seront puisés sur le fonds de fluctuation du produit de la redevance radio-TV, qui rapporte désormais 1,4  milliard de francs par an. Ce fonds, qui a été créé pour gérer les écarts de planification de ces recettes, s’élève actuellement à 60  millions. 

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Au nom du Conseil fédéral qui s’est toujours opposé à une aide d’urgence pour les médias, la ministre des médias Simonetta Sommaruga s’est défendue mollement. Le 1er  avril dernier, le gouvernement n’avait pas voulu créer de précédent en distribuant des subventions à fonds perdu, précisant que cette branche n’avait qu’à solliciter les soutiens prévus pour toutes les entreprises. Simonetta Sommaruga a en outre souligné que le 29  avril dernier, le Conseil fédéral a approuvé un paquet d’aide structurelle de 70  millions, qui pourrait entrer en vigueur en 2021 déjà, si le parlement travaille vite.

Le Conseil des Etats a lié son aide à une condition: que les éditeurs qui la sollicitent ne versent pas de dividendes à leurs actionnaires pour l’année 2020. Fâchés que certains grands éditeurs en aient tout de même octroyé après le début de la crise du coronavirus, les sénateurs ont approuvé le soutien aux radios et TV privées beaucoup plus largement que celui destiné aux éditeurs.