Votations

Les outrances de fin de campagne peuvent se retourner contre leurs auteurs

L'affiche à croix gammée des anti-UDC, mais aussi un visuel larmoyant des pro-Gothard, attisent les débats dans la dernière ligne droite. Avec, peut-être, des résultats non souhaités par leurs auteurs

Dans un pays de pendulaires, l’affichage dans deux grandes gares ne pouvait qu’attiser le débat. Le visuel lancé par le publicitaire Sheik Fareed, qui détourne la croix suisse en croix gammée pour comparer l’ambiance helvétique à l’époque nazie ou à l'apartheid, avait déjà défrayé la chronique la semaine passée, lorsque le président du PBD Martin Landolt l’avait relayé par Twitter; elle s’est étalée en grand format dans les gares de Zurich et Genève. Avant son retrait, annoncé par les CFF mercredi après-midi.

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En cette fin de campagne, c’est le déchaînement. La RTS (radio) estime que le visuel en question «choque davantage outre-Sarine où, pour des raisons d’affinité linguistique, toute référence au nazisme est sensible», mais le débat n’est pas moins tendre en terres francophones.

Evidemment, les partisans de l'initiative sur le renvoi fustigent l’affiche tous azimut. Sur le site conservateur Les Observateurs, on se déchaine: «Honte aux CFF d’avoir accepté cette détestable publicité dans la gare de Zurich. La compagnie ferroviaire doit être poursuivie tout suite par la justice. Si l’UDC était à l’origine de cette gaffe on imagine la réaction des médias gauchos bien-pensants!» Ou: «On n’accepte plus les crucifix dans les écoles au nom de la religion et au nom de la politique, on accepte la croix gammée en pleine gare pour salir notre drapeau et personne pour déposer une plainte! Vous parlez d’une justice à deux vitesses, c’est bien celle de la gauche.»

Un malaise aussi chez les opposants

Cependant, l’affiche pour le moins extrême provoque aussi un malaise perceptible chez les opposants. Un débat sur Facebook pose les termes: «Je reconnais que moi-même je me suis laissé entraîné par l'esprit haineux et de division qui est à l'œuvre derrière l'UDC actuelle et celui qui a fait cette publicité malheureuse s'est lui aussi fait piéger par cet esprit qui cherche à promouvoir la division, la haine et la méfiance dans ce pays», écrit un contributeur.

Sur la page Facebook du Temps, les réactions à l’annonce de l’installation du visuel dans les gares expriment parfois un même embarras: «Cette affiche entre dans la même catégorie que les publications mensongères habituelles de l'UDC», note un lecteur. «C'est une campagne indigne. Il y a certainement d'autres moyens de combattre l'UDC et ses idées extrêmes», écrit un autre, et un troisième renchérit : «Je suis contre cette initiative, mais braquer et insulter les adversaires en les traitant de nazis n'est pas la bonne tactique au contraire.» «Ce n’est assurément pas de la bonne communication politique», s’inquiète le Tages-Anzeiger, qui parle d’«une banalisation et une bagatellisation de l’histoire».

Le Gothard a aussi ses extrêmes

De surcroît, la démarche pourrait être une mobilisation encore plus forte des partisans du texte, en une fin de campagne où le non a pris l’ascendant. Sur Facebook, un notable UDC n’hésite pas: «Une raison de plus pour nous mobiliser et voter OUI dimanche. Il faut absolument convaincre les indécis et surtout combattre toutes ces personnes qui propagent ces relents calomnieux.»

La radicalité du propos, quitte à être contreproductif, n’est pas l'apanage des pro ou anti initiative UDC. En dernière ligne droite, les partisans du deuxième tunnel routier au Gothard font circuler une affichette montrant une vieille dame éplorée, avec pour légende: «Désolé grand-maman, ton petit fils est mort dans le tunnel du Gothard car je n’ai pas voté oui le 28 février.» Un Facebookien bondit: «J'avais encore une petite hésitation... Oui? Non? Mais grâce à cette campagne là et ces arguments lamentables je n'ai plus aucun doute: Je vote non! Merci pour vos arguments. Ah la belle et crasse culpabilisation.» Tout est dit.

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