Genève

Ouverture dominicale: les commerçants genevois se sentent lâchés par le PLR

Le parti de l’économie refuse le contre-projet qui autoriserait les magasins à ouvrir trois dimanches par an. Un comble, pour les détaillants qui rêvent d’un assouplissement

Curieuse fâcherie entre le parti de l’économie et sa base, les commerçants genevois. Alors que ceux-ci entrevoyaient enfin la possibilité de déroger un peu à la sacro-sainte fermeture dominicale des magasins, voilà que leur parti s’oppose au contre-projet qui pourrait le leur permettre, s’il venait à être accepté par le peuple le 27 novembre. Un comble. Bricolé par le Grand Conseil pour s’opposer à l’initiative de la gauche et des syndicats «Touche pas à mes dimanches», ce contre-projet prévoit d’autoriser les magasins à ouvrir trois dimanches par an, en plus du 31 décembre.

Trois dimanches, une bouffée d’oxygène

«On peine à comprendre que le parti qui représente l’économie ne nous soutient pas, déplore Fabienne Gauthier, présidente de la Fédération du commerce genevois (FCG). Le PLR bloque sur une question de principe, alors que la situation économique actuelle est mauvaise.» Elle n’est pas la seule à vouloir de cet assouplissement: la Nouvelle organisation des entrepreneurs, le Trade club et la Fédération des entreprises romandes le défendent aussi. C’est bien naturel, alors que le commerce genevois souffre du franc fort, du tourisme d’achat et des horaires corsetés. Trois dimanches, disent ses représentants, seraient une bouffée d’oxygène face à une France gourmande de clientèle genevoise et qui pourra bientôt ouvrir ses commerces jusqu’à douze dimanches par année.

Pactiser avec l’ennemi n’est pas envisageable

Quelle mouche a donc piqué le PLR? Une question de principe, justement. Car le contre-projet lie l’ouverture dominicale à l’existence d’une convention collective de travail (CCT) étendue. Du coup, l’assemblée des délégués libéraux-radicaux l’a rejeté à 60 voix contre 49. Une fracture que ne minimise pas le président du PLR genevois Alexandre de Senarclens: «Cette prise de position était difficile. Car nous sommes conscients des difficultés du commerce.» Mais pour la majorité des délégués, pactiser avec l’ennemi n’était pas envisageable: «Ce lien à la CCT équivaut à se lier pieds et poings aux syndicats qui pourront ainsi faire monter les enchères dans les négociations futures», avance le président. Lesquelles sont d’ores et déjà programmées, puisque les syndicats ont dénoncé la CCT pour juin prochain.

Mais les commerçants balaient cet argument, assurant qu’ils feront leur affaire des syndicats le moment venu: «Voilà 80 ans qu’on négocie des CCT, répond Fabienne Gauthier, nous y sommes habitués. Nous connaissons leurs exigences et savons qu’on y arrivera.» Une confiance qui ne convainc pas Serge Hiltpold, chef de groupe PLR au Grand Conseil: «Les partenaires sociaux doivent s’entendre entre eux, sans que le politique ne les y oblige en accordant un pouvoir privilégié à l’un des acteurs. Ce principe est à la base de la paix sociale. Raison pour laquelle nous ne voulons pas nous compromettre.» Ou alors faudrait-il que la récompense à l’entorse soit plus substantielle que trois pauvres dimanches, glisse-t-on.

C’est le combat du pragmatisme contre la philosophie politique. Quand les adeptes du premier font valoir qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras, ils se voient rétorquer qu’il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre. Reste que sans ce contre-projet, le PLR n’a pas de plan B pour venir en aide aux commerçants.

Publicité