Une opposition gauche-droite pour défendre des intérêts contradictoires: la protection des travailleurs d’un côté, la liberté des consommateurs de l’autre. Ce jeudi, le Conseil national se prononce sur l’initiative parlementaire de Christian Lüscher (PLR/GE) qui demande la libéralisation des heures d’ouverture des magasins (shops) des stations-service. Le conseiller national a déposé le texte en 2009. Il veut permettre aux stations situées «sur les aires de repos d’autoroute et sur les grands axes routiers» ouvertes 7 jours sur 7 de vendre l’ensemble de leur assortiment 24 h sur 24. Et pas seulement «de vieux sandwichs et des cafés tiédasses» comme elles doivent le faire aujourd’hui entre 1 h et 5 h du matin.

Selon l’estimation de Christian Lüscher, une vingtaine de stations-service sont concernées en Suisse. Elles bénéficient d’une disposition de la loi sur le travail qui stipule que le labeur la nuit et le dimanche est possible quand il s’agit d’une activité «indispensable». C’est le cas des shops situés sur les grands axes très fréquentés comme le Gothard. «Mon initiative est une micro-frappe chirurgicale», estime Christian Lüscher.

Le Genevois inscrit la démarche dans son appartenance à la Communauté d’intérêts Priorité-Liberté dont le but principal est de défendre la liberté individuelle. «Le cas des shops montre que la bureaucratie peut porter atteinte à nos libertés sans même que le législateur en soit conscient. Pourquoi diable interdire à un commerce de vendre ce qu’il veut la nuit alors que du personnel de service est de toute façon présent pour vendre du carburant, des boissons et de petits en-cas?»

Le Conseil fédéral partage cette analyse. Selon lui, permettre aux magasins des stations-service d’offrir l’intégralité de leur assortiment durant la nuit serait «favorable aux clients» et constituerait «un allégement administratif». Il considère que la réforme ne devrait pas faire fortement augmenter le travail nocturne.

La gauche dénonce «la tactique du salami»

La gauche et les syndicats font une tout autre lecture du projet. «Cette initiative fait partie d’une stratégie du salami de la droite pour libéraliser les heures d’ouverture des commerces, estime le conseiller national et secrétaire central de l’Union syndicale suisse, Jean Christophe Schwaab (PS/VD). Ces dernières années, on a enregistré des attaques coordonnées et multiples contre le repos des travailleurs. Il y a la motion Hutter (PLR/ZH) qui veut offrir la possibilité aux cantons de fixer librement les heures d’ouverture des commerces. Ou la motion Buttet (PDC/VS) qui veut permettre aux commerces des régions périphériques d’employer du personnel le dimanche et les jours fériés.»

Selon Jean Christophe Schwaab, l’initiative Lüscher constitue une tentative de passage en force qui va à l’encore de l’esprit de la loi sur le travail. «La législation permet l’ouverture de commerces la nuit, mais uniquement dans des cas exceptionnels. Ce n’est pas parce que du personnel est là pour assurer un service minimum qu’on peut lui faire vendre n’importe quoi. Pourquoi pas, tant qu’on y est, ne pas installer des vidéoclubs dans les shops? Il ne faut pas oublier que ce sont des emplois précaires, qui pèsent sur la vie de famille et sur la santé des personnes concernées.»