Le 11 mai. Une date revêtue d’un halo un peu magique, le vague espoir d’une échéance à la crise. Quand on tient un agenda, la pression s’éloigne et personne ne fait exception. Ce dimanche est venue l’heure de la gastronomie et de l’industrie touristique, lesquelles se sentaient jusqu’ici oubliées des plans de déconfinement. Elles ont rencontré une délégation du Conseil fédéral et cette petite phrase de Simonetta Sommaruga, présidente de la Confédération, n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd: «Nous allons aussi examiner la possibilité d’un plan d’ouverture pour la gastronomie le 11 mai.»

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Si l’affaire n’est pas encore entendue – il faut attendre la décision ferme du Conseil fédéral –, cette date ne provoque pas le soulagement général auquel on aurait pu s’attendre. La Suisse romande accueille plus timidement cette éventualité, étant plus touchée par l’épidémie que la Suisse alémanique. Outre-Sarine, les pressions des milieux économiques et de la droite sont aussi beaucoup plus vives.

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La question du chômage partiel 

«Pour les restaurateurs qui disposent d’espace, le 11 mai serait une aubaine, estime Gilles Meystre, président de GastroVaud. Pour les Suisses alémaniques aussi. Mais en Suisse romande, la crainte d’ouvrir est bien là, car nous n’avons pas la garantie que les RHT [Réduction d’horaire de travail] seront toujours à disposition une fois les restaurants ouverts. Sans cela, avec une capacité de 25 à 50% seulement et presque toutes les charges dues, ce sera difficile.»

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La question du chômage partiel est en effet au cœur des préoccupations. Car une réouverture progressive n’assurera peut-être pas aux restaurateurs des revenus suffisants pour faire face. «Même un restaurant avec une capacité importante ne pourra pas occuper tout le personnel, estime Marc-Antoine Nissille, directeur de l’hôtel-restaurant Les Armures à Genève et vice-président de Genève Tourisme. Il faudrait donc une continuité des RHT. A défaut, les restaurants comme les hôteliers n’auront d’autre choix que de licencier.»

L’hôtellerie de montagne pourrait mieux s’en sortir que celle des villes. Si la première peut espérer la venue des Suisses cet été, la seconde, tributaire majoritairement des touristes étrangers (à Genève, ils représentent environ 75%), sera à la peine. Raison pour laquelle Sophie Dubuis, présidente de Genève Tourisme, en appelle au soutien de la Confédération: «Quelle que soit la date de réouverture, la crise ne durera pas trente jours, mais de longs mois! Il faut donc un accompagnement serré, un suivi au cas par cas et avec pragmatisme. Un fonds sera probablement nécessaire. On entend de plus en plus de parlementaires réclamant de freiner les dépenses. Mais alors, qui va-t-on laisser sur le carreau?»

«Hâte-toi lentement»

Devant tant d’incertitudes, sans compter les contraintes que le Conseil fédéral fixera, la date du 11 mai ressemble pour certains Romands à un miroir aux alouettes. Jouant sur la corde humoristique, Gilles Meystre résume ainsi: «Je vais vous faire une réponse de Vaudois: entre le 11 mai, que je trouve prématuré, et le mois de juillet, bien tardif, je me prononce pour une réouverture en juin. Chez nous, l’air du bureau ressemble plutôt au «hâte-toi lentement.»

Président de GastroSuisse, Casimir Platzer est bien placé pour appréhender ces différences d’appréciations. Dimanche, son message au Conseil fédéral fut de ne pas sacrifier une partie du pays à une autre: «Des cantons comme Thurgovie ou Appenzell n’ont presque pas de cas de Covid-19, explique-t-il. Il n’est pas juste que 28 000 établissements attendent pour ouvrir que le nombre de contaminations baisse très significativement en Suisse romande et au Tessin.» Pour lui, un échelonnement par zone géographique est inévitable. A l’instar du Tessin, certains cantons pourraient alors demander une dérogation au Conseil fédéral.

Selon le président de GastroSuisse, le gouvernement va probablement définir quatre ou cinq lignes directrices pour les restaurants, charge à eux de prendre leurs dispositions selon leur taille et leurs possibilités, «car on ne peut pas faire 28 000 concepts différents». Quelle que soit la date retenue, une reprise dépendra avant tout de la clientèle. Selon un sondage, 29% de la population réclame l’ouverture des restaurants. A première vue, c’est peu. Mais pas pour Casimir Platzer: «Si 2,5 millions de Suisses viennent manger chez nous, c’est plutôt beaucoup!» Chiche.