La page Michael Lauber se tourne sans états d’âme. Le procureur général de la Confédération quittera définitivement ses fonctions à la fin du mois d’août. La Commission judiciaire a accepté que le démissionnaire parte cinq mois avant le délai de congé imparti. Cette anticipation présente plusieurs avantages: calmer le jeu, mettre fin à la procédure de révocation et, surtout, lancer le processus de sélection afin de trouver un successeur digne de l’enjeu.

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Compte d’apothicaire

Il n’y avait pas de grand suspense autour du feu vert donné à ce départ anticipé. Michael Lauber, qui s’était finalement résolu à jeter l’éponge une fois désavoué sur l’essentiel (le mensonge sur l’existence d’une troisième rencontre avec Gianni Infantino, le patron de la FIFA, dans le salon feutré d’un palace) par le Tribunal administratif fédéral, ne pouvait occuper plus longtemps ce fauteuil devenu extrêmement inconfortable.

Et ceux qui craignaient une sorte de mini-«parachute doré» peuvent être rassurés. Andrea Caroni, le président de la Commission judiciaire, a précisé que Michael Lauber sera indemnisé uniquement pour les jours de congé qu’il fait valoir et qui ont été survérifiés par l’Autorité de surveillance, par les membres de ladite commission et encore soumis à deux experts avant d’être finalement validés. Rien de moins.

Un volet pénal en suspens

La démission du procureur général met également un terme à la procédure de révocation compliquée, décidée après moult tergiversations par cette même Commission judiciaire une fois la première sanction disciplinaire prononcée et le feuilleton du dossier FIFA rallumé. Devenue sans objet, celle-ci sera close avec effet au 1er septembre, soit le lendemain du départ effectif.

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Michael Lauber n’en a toutefois pas fini avec les procédures. Il pourrait bientôt se retrouver lui-même dans le rôle du prévenu, soupçonné d’abus d’autorité, violation du secret de fonction et entrave à l’action pénale, toujours dans le cadre de ses rencontres avec Gianni Infantino et le procureur valaisan Rinaldo Arnold (tous deux déjà poursuivis). La demande de levée d’immunité du futur ex-procureur général de la Confédération a déjà été acceptée le 11 août dernier par la Commission des affaires juridiques du Conseil des Etats. La Commission de l’immunité du Conseil national se prononcera quant à elle le 24 août. Une décision différente entraînerait un beau casse-tête.

Quel profil?

Plus essentiel, l’avenir du parquet fédéral sera abordé dès la semaine prochaine par la commission compétente. Selon Andrea Caroni, la première étape consistera à fixer le calendrier et ouvrir les candidatures. Reste à savoir si cette mise au concours s’accompagnera d’une redéfinition des contours du poste et d’une réflexion sur le profil recherché pour diriger cette institution passablement déstabilisée par le scandale et les conflits larvés.

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Les choses devraient aussi aller vite car la commission espère opérer une sélection et proposer sa favorite ou son favori en vue d’une élection au mois de décembre. L’entrée en fonction dépendra ensuite des disponibilités de l’intrépide. D’ici-là, les deux procureurs généraux suppléants, Ruedi Montanari et Jacques Rayroud, sont priés de faire tourner au mieux la maison et l’Autorité de surveillance est chargée de veiller au grain.

Collaboration: Bernard Wuthrich