Le temps de la posture défensive semble révolu en matière de logement pour la gauche genevoise. Ll’Alternative (regroupant le Parti socialiste, les Verts et Ensemble à Gauche) lance deux missiles à l’encontre des milieux immobiliers, qui prendront forme d’initiatives cantonales. Les deux textes, dont Le Temps a obtenu copie, ont d’ores et déjà reçu l’approbation des comités directeurs des trois partis ainsi que celle du Rassemblement pour une politique sociale du logement dont la secrétaire générale n’est autre que la présidente du PS Carole-Anne Kast. L’Association de défense des locataires, l’association faîtière des syndicats, coopératives et associations de quartiers devraient très vraisemblablement venir apporter leur soutien. Une conférence de presse se tiendra ce lundi 14 mars.

Plus de logements bon marché ou subventionnés

Dans les détails, la première initiative vise à augmenter massivement la proportion d’habitations bon marché et subventionnés dans les zones de développement. Le texte modifie l’article 4A de la Loi générale sur les zones de développement. Il impose qu’au moins 80% des logements construits sur ces dernières soient affectés à la location, le solde de 20% pouvant être des propriétés par étage. Il oblige aussi qu’au moins la moitié des logements soient d’utilité publique, soit peu ou prou le double de ce que prévoit l’actuelle législation. Par ailleurs, au moins 30% d’entre eux doivent être des habitations bon marché (HBM). Enfin, la moitié de l’ensemble des logements construits doit être réalisée par «des maîtres d’ouvrage sans but lucratif, notamment des coopératives d’habitation».

La seconde initiative, plus concise, s’attaque à la loi d’application de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LaLAT). Elle veut interdire tout déclassement ailleurs que dans les zones de développement lorsque le marché traverse une période de pénurie, soit lorsque le taux de logements vacants est inférieur à 2% du nombre de logements existants. Un moyen d’empêcher ceux qui désireraient contourner le nouvel article 4A s’il devait être accepté.

Contactée, la présidente des Verts genevois et conseillère nationale Lisa Mazzone, chargée de la rédaction de l’argumentaire, indique qu’aucun commentaire de quiconque ne serait fait sur des textes qui sont «actuellement en consultation». Les trois partis espèrent réunir un front le plus large possible avant de déposer officiellement les deux initiatives début mars.

Des initiatives qui illustrent la «politique de clientélisme» de la gauche, pour ses adversaires

Pour le secrétaire général de la Chambre immobilière genevoise, Christophe Aumeunier, ces initiatives illustrent «la politique de clientélisme» que mène la gauche vis-à-vis du logement. «Les proportions proposées dans le premier texte ne sont fondées sur aucune étude. À ce jour, le canton ne dispose pas de chiffres assez fiables sur les réels besoins de la population. À mon sens, ces initiatives vont restreindre encore un peu plus l’accès au logement pour la classe moyenne.» Celui qui est aussi député libéral-radical au Grand Conseil estime que la démarche de l’Alternative ressemble fort à un acte de défiance envers le conseiller d’État écologiste Antonio Hodgers. «Alors que le magistrat tente d’apaiser les fronts, les initiants mettent de l’huile sur le feu. Une façon de perpétuer la guerre du logement dont ils tirent profit.»

Quant à imposer un quota de maîtres d’ouvrage sans but lucratif, l’élu juge cette mesure improductive. «Les entités publiques font souvent preuve de peu d’efficacité en matière de construction de logements». Enfin, économiquement, Christophe Aumeunier doute de la rentabilité des plans financiers des opérations immobilières. «C’est souvent la vente de propriétés par étage qui permet de construire du logement subventionné. Toucher à ce ratio est dangereux.»