Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
Réfugiée érythréenne.
© Martina Bacigalupo/Agence Vu/Keystone

Migration

La paix relance le débat de l’asile des Erythréens

Le traité historique signé lundi entre l’Ethiopie et l’Erythrée pourrait avoir des conséquences sur la politique suisse en matière d’accueil des réfugiés de ces pays. Pour l’heure, c’est la prudence qui prédomine

Pour la Corne de l’Afrique, l’accord signé ce lundi par l’Ethiopie et l’Erythrée revêt une réelle dimension historique. La «déclaration conjointe de paix et d’amitié» entre ces deux frères ennemis pourrait mettre fin à deux décennies de guerre, un conflit territorial larvé qui a fait plus de 80 000 morts depuis mai 1998. Ce rapprochement pourrait également avoir d’importantes répercussions en Suisse, où les Erythréens arrivaient en tête des demandes d’asile en 2017. Un sujet toujours sensible.

Un éventuel apaisement pourrait en effet inciter la Suisse à accélérer les renvois d’Erythréens dans leur patrie d’origine. Après plusieurs années d’ouverture envers ces réfugiés qui fuyaient l’un des régimes les plus autoritaires de la planète, surnommé «la Corée du Nord de l’Afrique», la Confédération a, depuis quelques mois, durci les conditions d’asile pour ces derniers. En avril, dans les colonnes du Temps, Mario Gattiker, Secrétaire d’Etat aux migrations (SEM) annonçait que le renvoi de 3200 Erythréens admis à titre provisoire était licite. Se basant sur un jugement du Tribunal administratif fédéral du 17 août 2017, le haut fonctionnaire concluait que «le pays ne connaissait pas une situation de violence généralisée».

Les réfugiés ne fuient pas la guerre, mais un régime totalitaire

Alain Bovard, juriste à la section suisse d’Amnesty International

Contacté ce mardi, le Secrétariat d’Etat aux migrations préfère ne pas commenter l’accord et ses possibles conséquences sur la politique suisse. «Il est trop tôt pour que le SEM exprime son point de vue sur le contenu du traité de paix et d’amitié entre l’Ethiopie et l’Erythrée ou sur son impact éventuel, par exemple sur le nombre futur de demandeurs d’asile érythréens en Suisse», se borne à répondre Martin Reichlin, chef suppléant de la communication.

Cependant, pour Alain Bovard, juriste à la section suisse d’Amnesty International, il ne fait aucun doute que «certains en Suisse voudront instrumentaliser ce traité de paix pour demander l’exécution des renvois des Erythréens devenus les boucs émissaires actuels de la question de l’asile». Mais l’ONG reste «extrêmement réticente» sur la possibilité d’un retour. «Les réfugiés ne fuient pas la guerre, mais un régime totalitaire.» Alain Bovard rappelle que le président Issayas Afeworki tient d’une main de fer le pays depuis pas moins de vingt-cinq ans.

La prudence est également de mise chez le conseiller national genevois Carlo Sommaruga, membre de la Commission de politique extérieure: «La question est de savoir si ce traité de paix peut amener le pays à s’ouvrir. Car si l’Erythrée a maintenu la mobilisation générale, ce n’est pas pour des raisons militaires, mais bien économiques, cette conscription forcée servant de façade à un système de travaux forcés.» Le socialiste appelle à rester vigilant quant à d’éventuelles expulsions, car «rien pour l’heure ne garantit la sécurité des gens que l’on renverrait dans leur pays».

Regagner la confiance de la population

Veronica Almedom, membre de la Commission fédérale des migrations et codirectrice de l’ONG IFE en Suisse romande, accueille quant à elle ce développement avec une grande joie: «Nous sommes très heureux de voir une amélioration sur le plan politique entre les deux pays. Toutefois, il faut rester prudent, car si la question des réformes institutionnelles est très attendue par les Erythréens, et même par la communauté internationale, elle n’a pas du tout été abordée par Issayas Afeworki. Cela étant, la question de la mobilisation militaire devient progressivement obsolète au vu de l’ouverture des frontières terrestres, et même maritimes, avec l’Ethiopie. Finalement, la mise en vigueur de la Constitution et la libération des prisonniers politiques représenteraient des signaux forts du gouvernement. Ceux-ci démontreraient sa réelle volonté politique à fonctionner dès à présent comme un Etat qui fait recours à la loi et non à la force pour régir. Il y a tout un dispositif de sûreté à mettre en place pour regagner la confiance de la population. Mais à ce stade le gouvernement reste encore dans le silence.»

Assurant accorder encore un moment d’adaptation au gouvernement, Veronica Almedom observe: «Beaucoup de jeunes arrivés récemment en Suisse sont heureux mais aussi sensiblement frustrés. Ils estiment qu’avant de soigner les relations extérieures, le gouvernement aurait dû accorder une attention tout aussi particulière à sa relation au peuple.»

Publicité
Publicité

La dernière vidéo suisse

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

Le Conseil national a refusé de suivre l'avis du Conseil des Etats. Celui-ci voulait réduire de moitié la facture des nouveaux gilets de l'armée suisse. Il a été convaincu par les arguments du chef du DDPS, Guy Parmelin. La question reste donc en suspens.

Des gilets à 3000 francs pour l'armée suisse? Le débat divise le parlement

n/a