C'est la première fois, aujourd'hui samedi, que Michèle Hotzenköcherle descend dans la rue pour manifester. Elle est en bonne compagnie, aux côtés du maire de Zurich, Elmar Ledergerber, et de quatre autres membres de la municipalité, qui tous veulent marquer leur opposition à un nouveau couloir d'atterrissage sur l'aéroport de Zurich-Kloten par le sud, dont l'ouverture est prévue pour la fin octobre (Le Temps du 26 juin et du 2 juillet).

Ancienne responsable des écoles enfantines du quartier, chargée de projet actuellement pour l'application de la réforme, Michèle Hotzenköcherle travaille depuis 18 ans à la direction des écoles du cercle de Schwamendingen, quartier populaire au nord de Zurich, traversé par l'autoroute, et où la part des étrangers est en corrélation directe avec les succès de l'UDC. Elle soutient la résolution contre les approches par le sud votée par la commission scolaire du cercle. «Quand je visitais les classes d'école enfantine, j'ai bien vu les effets du bruit de l'autoroute sur les enfants: cela les rend complètement nerveux.» La commission scolaire s'insurge contre le projet d'autoriser les approches par le sud à partir d'octobre, pour garantir une exploitation sans faille de l'aéroport depuis que l'Allemagne a édicté des restrictions sévères. Elle rappelle que, lorsqu'il y a deux ans des survols du quartier avaient été nécessaires en raison de travaux d'entretien de la piste principale d'atterrissage, Unique avait versé plusieurs milliers de francs de contribution à des excursions et camps pour permettre aux quelque 3500 élèves de Schwamendingen d'échapper au bruit.

«Je suis aussi touchée personnellement», précise Michèle Hotzenköcherle, qui habite à quelque 5 kilomètres plus au sud, en droite ligne, à Witikon, quartier plutôt résidentiel. «Nous avons acheté un appartement dans un immeuble, pour sa situation calme; j'ai travaillé dur pour cela et je n'ai pas envie de déménager maintenant», explique-t-elle.

Ce qui l'indigne le plus, c'est de ne pas savoir avec précision ce qui l'attend, et à partir de quelle heure exactement les premières machines vont déchirer le silence: «C'est une manière désastreuse de communiquer. Chaque jour, on peut lire autre chose dans les journaux. Pour la tranche de 6 à 9 heures du matin, Unique parle d'une trentaine d'appareils; sur son site Internet, il est question de 66 appareils.» Pourtant, comme le précise la pédagogue, elle est prête à prendre sa part de bruit, avec une alternance un week-end sur deux: «A Witikon, je pourrais m'y faire, nous habitons dans un quartier privilégié. Et si cela est vital pour le développement économique du canton...» Mais le plus important est de savoir à quoi s'en tenir : «J'aimerais avoir les mouvements prévus noir sur blanc, et surtout la garantie que cela ne change plus.» Car l'incertitude augmente la sensibilité au bruit: «Si je me réveille le matin et que j'entends un avion, je suis tout de suite dressée dans le lit.»

Michèle Hotzenköcherle se fait du souci pour Schwamendingen: «Si les personnes avec de bons revenus partent, la structure sociale de ce quartier va se modifier profondément, avec toutes les charges sociales que cela représente pour la ville de Zurich; ce n'est juste pour personne!» Les localités au nord de Kloten supportent pourtant ces nuisances depuis longtemps. «C'est vrai, pour les écoles c'est aussi un problème, mais ceux qui habitent là l'ont choisi en connaissance de cause.» Elle souhaite également que les riverains à l'est reçoivent aussi leur part de bruit.

Face aux Allemands, la compréhension est faible: «Quelle impertinence! Quand je vais au Tessin, je dois aussi attendre derrière des grosses voitures aux plaques allemandes, on ne leur prescrit pas les heures de passage au Gothard: entre états voisins, on devrait arriver à s'entendre.»

Thomas Morf, président de l'association des «jaunes» (les riverains du sud qui s'opposent à un nouveau couloir d'approche) qui a appelé à la manifestation, est plus catégorique: «Si les approches par le sud sont introduites définitivement, c'est la perte du canton de Zurich.» Il s'attend samedi à une grande mobilisation populaire et se réjouit du soutien si massif de la municipalité de Zurich. «C'est la première fois qu'un maire appelle à manifester», souligne-t-il. L'association des «bleus», les riverains à l'est de l'aéroport qui doivent déjà vivre avec des nuisances supplémentaires, n'ont pas voulu se joindre au mouvement.