La mue du Palais de Beaulieu va véritablement commencer. Si, ces dernières années, près de 30 millions de francs ont été investis dans la rénovation complète du corps central et de l'une des halles attenantes, l'ensemble du site ne pouvait se départir de son image de paquebot vieillissant. Il y a un peu plus d'un an, peu avant l'ouverture du Comptoir suisse, il avait même fallu détruire en urgence le pavillon d'honneur qui surplombait les escaliers de l'entrée principale, tant sa vétusté inquiétait. Aujourd'hui encore, les halles nord et sud font davantage penser à des constructions de l'ère soviétique qu'à un centre d'exposition.

Hier, la Ville de Lausanne a pourtant annoncé qu'elle avait trouvé des investisseurs - la société Orox Capital Investment, représentée par Losinger Construction SA - pour construire du côté du front Jomini (entrée principale du site) deux hôtels de quatre et deux étoiles, un «business center», un restaurant ainsi qu'une résidence hôtelière. Plusieurs dizaines de millions de francs sont en jeu dans ce projet - dont le financement est totalement privé - qui doit encore passer par un concours d'architectes et par une mise à l'enquête.

De son côté, Beaulieu Exploitation souhaite investir entre 30 et 40 millions ces prochaines années dans la rénovation des halles nord et la reconstruction complète des halles sud. Avec en sus l'abandon il y a deux ans des halles rurales qui accueillaient les marchés concours du Comptoir suisse, au profit d'un projet de construction de logements, le visage nouveau du site de Beaulieu se précise: plus concentré, plus moderne.

600 chambres d'hôtel de plus à Lausanne

Il commence à s'éloigner, le temps où l'ancienne coopérative de Beaulieu, criblée de dettes, a dû être sauvée par les communes vaudoises qui le voulaient bien, elles ont été nombreuses à refuser, et par le canton à hauteur de 80 millions de francs. Depuis 2000, c'est la Fondation de Beaulieu qui investit et qui met à disposition de Beaulieu Exploitation SA l'outil de travail: le palais et les halles.

Déjà snobé par le tracé du M2 et des grandes lignes de transports publics, Beaulieu souffre depuis toujours d'une autre grande faiblesse: le manque de chambres d'hôtel à proximité du site. En projetant deux établissements, l'un de deux étoiles et de 150 chambres et l'autre de quatre étoiles avec 100 chambres, gérés notamment par les sociétés ACCOR et DSR, le Palais de Beaulieu va se donner un bol d'air frais.

Pléthore de centres?

«Récemment, nous avons dû renoncer à des congrès par manque de chambres d'hôtel à Lausanne», indique Jean-Philippe Rochat, président de Beaulieu Exploitation. Si l'on y ajoute tous les projets hôteliers en cours dans la région lausannoise, ce sont près de 600 chambres qui viendront s'ajouter aux 3200 existantes.

«Si cette augmentation est échelonnée, nous pourrons les absorber, estime Claude Petitpierre, directeur de Lausanne Tourisme. Mais si elles devaient arriver toutes en même temps, cela poserait un problème certain.» Pour le projet de Beaulieu, la date butoir est fixée à 2011. C'est cette année que Lausanne accueille à Beaulieu les milliers de participants de la 14e Gymnaestrada.

Dans les projets d'hôtel en cours on trouve celui attenant au futur centre de congrès de l'EPFL et du Learning center qui devrait compter entre 150 et 200 chambres. Et c'est là qu'on retrouve Beaulieu Exploitation comme futur exploitant du centre de congrès de la Haute Ecole. «Il s'agira d'une gestion unique. Les événements de nature académique, universitaire et de recherche auront naturellement lieu à l'EPFL, tandis que les congrès liés aux entreprises se tiendront à Beaulieu. Nous serons complémentaires», estime Jean-Philippe Rochat.

Deux centres de congrès dans la région lausannoise, n'est-ce pas pléthorique? «Non, et nous collaborons avec le centre de Montreux ainsi qu'avec le Musée olympique, cela se passe bien», explique Jean de Araujo, directeur de Beaulieu Exploitation. Et Genève? «Nous n'avons pas d'action conjointe. Sauf que Genève a une vocation internationale et c'est une demande que nous n'avons pas. Nous sommes donc en concurrence mais elle est limitée.»

Dans les faits, on voit que Genève se profile nettement dans les salons de grande et moyenne ampleur dont le salon de l'automobile, celui du livre ou le Supercross sont les emblèmes.

En ville de Lausanne, seul le Comptoir suisse peut encore vaguement rivaliser dans ce créneau, mais la manifestation enregistre chaque année des baisses significatives de fréquentation. La capitale vaudoise mise donc désormais sur les salons spécialisés (Mednat, Gastronomia) et sur les congrès, notamment ceux de la branche médicale, pour se profiler.