Le parlement suisse retourne aux affaires. Après l’interruption de la dernière session mi-mars pour cause de crise sanitaire, sénateurs et conseillers nationaux reviendront aux affaires du 4 au 8 mai à l’occasion d’une session extraordinaire. Celle-ci ne traitera que d’une seule thématique: les crédits de crise demandés par le Conseil fédéral en raison du coronavirus – un plan d’aide urgent à 40 milliards de francs. Le parlement devra aussi donner son aval à l’actuelle mobilisation militaire.

Cependant comment réunir 300 personnes sous le même toit (parlementaires et collaborateurs) tout en respectant les règles de distanciation sociale? Impossible dans les travées étroites du Palais fédéral, l’exercice se tiendra à la Bernexpo, sorte de Palexpo alémanique situé dans la banlieue de Berne. Une première visite des lieux était organisée ce mardi.

Tenir les deux mètres à tout prix

«Voici ou siégera le Conseil national, indique Andreas Wortmann, chef des services logistiques du parlement. La salle fait 5200 mètres carrés.» Derrière lui, une cathédrale de béton parsemée de gigantesques pylônes déploie sa vacuité sous les néons. «Pour éviter l’écho, nous mettrons des tapis», précise le fonctionnaire. A l’étage, une autre salle de 800 mètres carrés accueillera les sénateurs. Bernexpo aurait dû accueillir Suisse Toy début mai avant de faire place à une foire électronique puis à CannaTrade, salon du cannabis légal. Comme tout est annulé, les parlementaires fédéraux remplaceront les amateurs de THC. Coût de l’opération: environ 1,5 million de francs.

«Le plus important c’est les distances, martèle Andreas Wortmann. Il faudra que les parlementaires puissent tenir les deux mètres partout. Dans les salles, dans les couloirs, aux toilettes.» Pour éviter les agglutinements, les politiciens seront privés de restaurant, même si quelques sandwichs seront disponibles à la vente sur place. Une cinquantaine de collaborateurs apporteront leur aide au bon fonctionnement du site, toutefois lobbyistes et autres invités seront écartés pour éviter de surcharger les espaces. Même les journalistes devraient être peu présents. «Un par rédaction, dit une porte-parole. Sans accès aux salles.» Les discussions seront toutefois télévisées en direct.

«Un aspect symbolique»

«Cette session aura avant tout un aspect symbolique, considère le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD). Montrer que les institutions fonctionnent et que le parlement est à l’écoute.» Roger Nordmann (PS/VD) abonde dans son sens: «Le parlement a une fonction démocratique essentielle qu’il est important de remplir, dit-il. Je salue le fait que nous le remettions en marche.» Si le programme exact reste encore trouble – plusieurs parlementaires joints par téléphone cherchaient eux-mêmes des détails sur le sujet –, il est clair qu’il portera presque uniquement sur l’approbation des aspects financiers de la gestion de crise. Les commissions des deux Chambres pourraient toutefois faire des demandes urgentes dans les domaines où le travail du Conseil fédéral ne les satisfait pas.

Car si le législatif devrait a priori se ranger du côté du Conseil fédéral concernant son plan d’aide général, l’absence d’assistance pour les indépendants et le laisser-faire de l’exécutif dans le domaine du paiement des loyers suscitent l’indignation au sein de plusieurs partis. Ces derniers pourraient s’allier pour thématiser ces dossiers début mai. Sous l’œil des caméras, «les déclarations auront également leur importance», ajoute Olivier Feller. Les Verts ont notamment récemment fait savoir qu’ils étaient opposés à certaines aides destinées au secteur aérien alors que l’UDC n’a pas hésité à mettre en scène Christoph Blocher pour promouvoir un port généralisé et obligatoire du masque dans l’espace public – contre l’avis de l’OFSP – pour accélérer la sortie de crise.

L’obligation d’exemplarité

Déclaration tonitruante ou non, et avec ou sans masques, une chose est sûre, les parlementaires seront eux-mêmes scrutés. «Il faudra que nous soyons exemplaires, souligne Olivier Feller. Il sera exclu de tenir des discussions sans respecter les règles de distance sociale. Notre crédibilité est en jeu.» Au vu de la situation sanitaire changeante, l’infrastructure temporaire montée à la Bernexpo est prévue pour rester en place jusqu’en juin, au cas où la session d’été devrait également y recourir.