Carlo Lamprecht, le conseiller d'Etat genevois responsable du Département de l'économie, a pris son bâton de pèlerin. Dans tous les cercles qu'il fréquente, il tente de convaincre ses interlocuteurs qu'il est temps d'agrandir Palexpo. En début de semaine, des députés étaient ainsi invités par Orgexpo – la fondation de droit privé chargée de l'exploitation du site – à prendre connaissance du projet qui lierait les halles 5 et 6 par-dessus l'autoroute. Avec cette nouvelle infrastructure, estimée à environ 100 millions de francs, Palexpo grossirait de 20 000 mètres carrés et disposerait de 110 000 mètres carrés de surfaces d'exposition. Ce qui placerait le centre de congrès parmi les vingt premières places de foire du monde et en tête des foires entièrement couvertes par un seul et même toit. Une course vers le gigantisme qui a une explication principale: Telecom.

Il faut en effet se souvenir du ouf de soulagement que la Genève économique et hôtelière poussa le 31 mai 1995. Ce jour-là, Pekka Tarjanne, secrétaire général de l'Union internationales des télécommunications (UIT) confirmait officiellement, quatre mois avant l'ouverture de l'édition 1995 de Telecom, que Genève accueillerait encore la suivante, en 1999. Deux autres villes étaient également sur les rangs, et pas des moindres: Berlin et Chicago. Genève avait heureusement quelques atouts à faire valoir, dont la présence du siège de l'UIT sur son territoire et l'expérience d'Orgexpo.

Quant aux faiblesses, elles sont celles d'une ville de taille moyenne qui ne peut offrir que 15 000 lits à ses hôtes et dispose, avec Palexpo, d'un outil certes de belle dimension, mais qui a de la peine à rivaliser avec les infrastructures d'agglomérations de plusieurs millions d'habitants. Si la carence en chambres peut être palliée en s'appuyant sur l'infrastructure hôtelière de la région (canton de Vaud et France voisine), Telecom, un monstre en perpétuelle extension, continue à se trouver à l'étroit dans Palexpo.

Mais cela vaut-il la peine de tant investir pour retenir cette manifestation? «C'est absolument nécessaire, affirme sans hésiter Rodolphe Huser, directeur d'Orgexpo. Nous avons deux rendez-vous qui font vivre Palexpo, le Salon de l'automobile et Telecom. Or, la première ne demande qu'à occuper plus de place et la seconde pourrait nous lâcher si nous ne nous adaptons pas.» L'impact de ces deux événements sur l'économie locale est également très important. Globalement, selon une étude universitaire, les manifestations de Palexpo produiraient 400 millions de francs de retombées économiques. Bien que quadriennal, Telecom y participerait pour 22,2% annuellement et le Salon de l'auto (annuel) pour 22,5%. En 1995, Telecom a ainsi sauvé l'année hôtelière genevoise avec ses 40 000 nuitées générées.

Sans nier l'importance économique de Palexpo pour le canton, Christian Grobet, député de l'Alliance de gauche, émet quelques doutes sur l'opportunité d'une nouvelle halle: «En tant que conseiller d'Etat alors responsable des travaux publics, j'ai connu le même problème. Pour garder la manifestation, il fallait à chaque fois agrandir. On ne pourra pas toujours suivre à coups de 50 milions de francs. Il faut vérifier si l'utilisation des espaces est rentable en dehors de Telecom et du Salon de l'auto.» Quant à la halle 6, elle n'est pas une inconnue pour lui. Alors que tout était prêt pour ouvrir le chantier de la halle 7, Orgexpo avait sorti de sa poche ce projet au-dessus de l'autoroute. Un ouvrage qui posait notamment quelques difficultés techniques. Sans parler de son coût…

Point sensible:

le partenariat

Carlo Lamprecht, qui est également président de la fondation de droit public propriétaire de Palexpo, planche précisément sur un plan financier auquel, souhaite-il, trois partenaires participeraient: l'Etat, Orgexpo et la Confédération. «C'est évidemment le point le plus sensible de toute l'opération, reconnaît-il. Il nous faut trouver une solution qui entre dans le cadre du budget de Micheline Calmy-Rey, la responsable des finances. Ce n'est que lorsque nous aurons ce plan que nous pourrons aller devant le Grand Conseil.» Mais les délais sont courts. Rodolphe Huser estime qu'une décision politique devrait intervenir cette année encore, afin de pouvoir lancer les procédures d'autorisation et ouvrir le chantier (trois ans de travaux) à fin 1999. Un feu vert du politique aurait également un autre effet. Il convaincrait l'UIT, qui va élire un nouveau secrétaire général à la fin de l'année, de signer un nouvel accord avec Genève pour 2003. Voir plus si entente.