Vaud

Le pamphlet du «corbeau» de l’affaire Orllati contre Jacqueline de Quattro provisoirement interdit

La conseillère d’Etat a demandé des mesures pour bloquer un livre à charge écrit par l’ancien journaliste Fabien Dunand, connu pour son rôle trouble de «corbeau» dans l’affaire Orllati

Le livre arrivé dans les rédactions mardi est un brûlot, une charge d’une rare virulence contre la politicienne vaudoise Jacqueline de Quattro. Une conseillère d’Etat ne devrait pas dire ça, écrit par l’ancien rédacteur en chef de 24 heures Fabien Dunand, n’est pas encore disponible en librairie, mais la promotion a déjà débuté, promettant un portrait dévastateur de la populaire magistrate PLR. La réaction de l’élue ne s’est pas fait attendre. Elle a saisi la justice. A sa demande, le Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois a ordonné des mesures superprovisionnelles.

«No comment» de la conseillère d’Etat

Concrètement, le tribunal interdit, sous peine d’amende, de publier, de distribuer et de promouvoir le livre de Fabien Dunand, publié aux éditions neuchâteloises Attinger. L’ordonnance reste en vigueur jusqu’à la décision sur la requête de mesures provisionnelles. A ce stade, Jacqueline de Quattro n’a pas souhaité faire d’autres commentaires. Dans une note officielle à la presse adressée par le Bureau d’information et de communication du canton de Vaud, la démarche est justifiée non pas par le contenu de l’ouvrage, mais par «l’utilisation non autorisée de l’image et du nom» de la magistrate PLR. La couverture du livre, la présentant tout sourire à son bureau, porterait à confusion et laisserait à penser qu’elle-même en serait l’auteure ou y serait associée d’une manière ou d’une autre.

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De son côté, Fabien Dunand estime que la question de la couverture n’est qu’un prétexte: «Il s’agit tout simplement d’un acte de censure et d’une lourde atteinte à la liberté d’expression.» L’ex-journaliste dit accepter l’ordonnance du tribunal, mais promet de «se battre de toutes ses forces contre une décision inique». Il estime que son livre, «un portrait critique et politique de Jacqueline de Quattro», ne comporte que des éléments publics, ayant fait l’objet d’articles dans la presse ou de comptes rendus officiels.

L’auteur se défend enfin de toute volonté de revanche à travers son livre. Car il faut rappeler que le passif est important entre Jacqueline de Quattro et Fabien Dunand. Ce dernier avait eu un rôle trouble dans l’affaire à rebondissements qui oppose les promoteurs Nicod et Orllati. L’ancien journaliste avait joué au «corbeau», rédigeant différents courriers anonymes accusant le groupe Orllati de pollution dans le Gros-de-Vaud et Jacqueline de Quattro de conflit d’intérêts dans le dossier. L’homme fait aujourd’hui l’objet d’une enquête pénale pour diffamation et calomnie.

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Une première en terre vaudoise

De mémoire, ce genre de tentative d’interdiction d’un livre par un politicien serait une première dans le canton de Vaud. «Je ne connais aucun cas similaire, confirme l’historien Olivier Meuwly. Il faut aussi dire que ce genre pamphlet écrit à charge contre le membre d’un gouvernement cantonal est rarissime en Suisse. En règle générale, il y a d’ailleurs peu de biographies de politiciens et elles concernent le plus souvent des conseillers fédéraux, à l’image de celles consacrées à Adolf Ogi ou à Jean-Pascal Delamuraz.»

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La procédure de Jacqueline de Quattro devant le Tribunal de l’Est vaudois prend aujourd’hui une dimension particulière dans un contexte tendu d’autorités sur la défensive. Ces derniers jours, deux autres conseillers d’Etat PLR, le Vaudois Pascal Broulis et le Genevois Pierre Maudet, ont lancé chacun une procédure civile à l’encontre d’un journaliste du Tages-Anzeiger. Surtout, cette affaire tombe particulièrement mal pour celle qui doit lancer sa campagne en vue des élections fédérales de cet automne.

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