Vaud

Le pamphlet sur Jacqueline de Quattro agite la justice

Aucun compromis n’a été trouvé entre les avocats de la ministre vaudoise et Fabien Dunand, auteur d’un livre démolissant la politicienne. Celui-ci reste interdit en attendant la décision du tribunal

Vevey, Tribunal d’arrondissement de l’Est vaudois. Face à une demi-douzaine de journalistes s’ouvre l’instruction sur l’ouvrage Une conseillère d’Etat ne devrait pas dire ça, dont la conseillère d’Etat vaudoise Jacqueline de Quattro a demandé l’interdiction. «Il n’y aura pas de représentation de Mme de Quattro sur ce livre», clame la défense de la politicienne. «Ce livre sortira, même si nous devons monter jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH)», rétorque la partie adverse. Au centre de la bataille, l’ouvrage écrit par Fabien Dunand, un ancien rédacteur en chef de 24 heures, dont la couverture fait débat. La politicienne affirme que l’utilisation non autorisée de son nom et son image laissent faussement penser qu’elle en serait elle-même l’auteure ou y serait associée. Pour empêcher sa distribution, elle a demandé en mars dernier – avec succès – des mesures superprovisionnelles. L'éditeur crie à la censure.

Plus interventionniste que le Vatican

«Existe-t-il une condition sous laquelle Mme de Quattro pourrait accepter cette photo?» demande la présidente du tribunal, Anne-­Catherine Page. «Non», répond son avocat, François Roux. Face aux deux parties, la magistrate tente de trouver un terrain d’entente: «Ne serait-il pas possible de coller quelque chose sur la page de couverture qui indique que Madame de Quattro n’y a pas participé?» «Si nous acceptons, cela créera un précédent», refuse David Freymond, l’avocat des Editions Attinger. C’est l’opposition centrale du débat: le droit à l’image ou la liberté d’expression. «C’est une question de curseur», pondère Anne-Catherine Page, qui constate néanmoins l’échec de sa tentative de conciliation.

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Fabien Dunand, aujourd’hui conseiller en communication, défend son livre: «Livre, magazine ou journal, il n’y a pas de différence. Je conçois ce livre comme un documentaire sur des faits publiés que je mets en rapport les uns avec les autres, en aucun cas comme un pamphlet.» Directeur des Editions Attinger, Emmanuel Vandelle défend cette vision et se dit surpris: «Je n’ai jamais dû demander une autorisation pour utiliser une photographie personnelle de ce type. Même pour un livre pamphlétaire sur Benoît XVI, Sa Sainteté n’est pas intervenue.» L’éditeur indique encore que seuls 700 exemplaires ont été imprimés et que l’auteur peut s’attendre à environ 2000 francs de rétribution.

Censure!

Après une brève interruption, il y a du nouveau: «Nous proposons une nouvelle couverture», annoncent les Editions Attinger, qui agitent un modèle de jaquette identique mais sans le nom de la conseillère d’Etat. La nouvelle version est instantanément rejetée par la défense, car le problème demeure: la photo est la même. «Le problème n’est pas le contenu du livre, plaide François Roux, tout ce que nous examinons, c’est le droit à l’image.» L’homme de loi souligne que le titre est une référence claire au livre d’entretiens avec François Hollande rédigé par deux journalistes français, ce qui n’est pas le cas ici. «Les mesures sollicitées sont proportionnées, conclut-il, car elles n’empêchent pas l’auteur de vendre son bouquin.» A titre personnel, l’avocat ajoute que Fabien Dunand «règle ses comptes» et ajoute: «il y a du machiavélisme dans cette affaire!».

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L’avocat des Editions Attinger brandit un arrêt de la CEDH pour dénoncer le «double jeu» de Jacqueline de Quattro: «L’image n’est qu’un argument prétexte pour interdire la parution d’un livre», fustige David Freymond. L’avocat de Fabien Dunand, Elie Elkaïm, clôt les plaidoiries sur une tirade enflammée: «Depuis 21 jours, ce livre est censuré. Or, en Suisse, on ne censure pas juste parce qu’une lecture est désagréable. Nous sommes dans une démocratie!» Les lecteurs intéressés par ce livre savent en outre que Fabien Dunand et Jacqueline de Quattro ont un grave contentieux, ajoute l’homme de loi (Fabien Dunand fait l’objet d’une enquête pénale pour diffamation et calomnie dans le cadre d’une affaire impliquant le département de la politicienne). «Et pour ceux qui ne le sauraient pas, la quatrième de couverture est bien assez claire», dit-il.

«Une décision dans les meilleurs délais»

Au bout de trois heures d’audition, la présidente du tribunal annonce qu’elle tranchera «dans les meilleurs délais», ce que les avocats des deux parties interprètent comme le courant de la semaine prochaine. Que les mesures provisionnelles soient retenues ou non, la décision pourra faire l’objet d’un recours.

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