La pandémie a-t-elle changé le comportement numérique des Suissesses et des Suisses? Une enquête menée par l’institut Sotomo auprès de plus de 2300 personnes, sur mandat de la Fondation Sanitas Assurance maladie, qui sonde chaque année la population sur l’impact de la transformation numérique sur la société, livre quelques résultats étonnants.

L’un des premiers constats est la baisse du stress lié à la performance. Lors des précédents sondages, les jeunes se disaient stressés, voire déstabilisés, par le virage numérique à cause de la compétition générée par l’usage effréné d’Instagram ou de Facebook, mais aussi sur le lieu de travail et dans le domaine des activités sportives.

On se compare moins aux autres

La généralisation du télétravail, combinée avec les règles de distanciation sociale, a considérablement réduit la course à la performance. Selon le résultat du sondage, l’enregistrement de données de performance était ressenti comme une pression par 45% des personnes interrogées avant la pandémie; ce sentiment a reculé à 18%. De nombreux salariés se sentent moins contrôlés par leur employeur et gèrent leur emploi du temps eux-mêmes, ce qui diminue cette pression comparative.

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La même tendance se dessine sur le plan privé. L’utilisation des réseaux sociaux semble avoir diminué chez les jeunes, reculant de 92% à 80%. Les 18 à 25 ans disent ressentir une pression moins forte à cause de leurs activités sur les réseaux sociaux. Ce que les chercheurs nomment le «fear of missing out», la peur de rater quelque chose vécu par les autres, s’est estompé. Cela découle de la suspension de nombreuses activités de loisirs. La même tendance s’observe avec la comparaison des profils de santé et des performances sportives.

OK si c’est pour aller au restaurant

Si l’usage des réseaux sociaux semble avoir curieusement reculé durant la pandémie, tel n’est pas le cas de la visioconférence, qui a connu un mouvement inverse. Les conversations via un écran d’ordinateur ont explosé, passant, selon le sondage, de 33% à 59%, sans grandes différences d’une classe d’âge à l’autre. Le recours aux services de streaming du genre Netflix ou Sky a lui aussi progressé, de 51% à 60%. Cette évolution s’inscrit dans une tendance qui existait déjà auparavant, notamment chez les jeunes.

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L’enquête porte aussi sur la protection des données. Le scepticisme envers la récolte des informations personnelles demeure élevé. Mais l’attitude de la population varie selon la finalité des données communiquées. Les personnes interrogées montrent qu’elles sont plus ouvertes à communiquer des éléments privés si elles en retirent un «bénéfice personnel», comme l’accès à un restaurant, que s’il s’agit de s’enregistrer sur l’application SwissCovid.

La protection des données semble ainsi passer au second plan si l’on en retire un avantage personnel. Néanmoins, le sondage montre qu’une majorité se dit prête à adopter en Suisse le système mis en vigueur en Corée du Sud ou à Taïwan: dans ces deux Etats, une surveillance plus étendue des téléphones portables a permis d’enrayer le virus. Cela s’est fait au prix d’un affaiblissement temporaire de la protection des données, mais dans l’espoir de retrouver plus vite la vie d’avant.