Alors que l'avenir de la gendarmerie vaudoise est encore dans le flou avec les errements du projet Police 2000, les pandores du canton ont inauguré hier en grande pompe un temple à leur passé.

Devant un parterre d'invités allant de Miss Suisse aux représentants de la gendarmerie nationale française, le commandant de la gendarmerie Alain Bergonzoli a officiellement ouvert le Musée permanent de la gendarmerie vaudoise. Qui est installé sous les combles du château de Morges, dans le prolongement du Musée militaire.

De quoi mettre du baume au cœur d'une institution touchée par la rigueur budgétaire de ces dernières années et les incertitudes qui pèsent sur ses relations avec les polices locales.

Ciment de la communauté

Le vernissage du musée est le dernier acte des célébrations du bicentenaire de la gendarmerie, créée en 1803, un an après la parution du livre historique de l'adjudant Jean-Philippe Narindal, Je le promets. Les forces de l'ordre vaudoises étaient déjà présentes au château de Morges depuis 2002: une exposition temporaire présentait une partie des pièces offertes au public au nouveau musée.

Il aura fallu quatre ans à l'Association pour l'histoire de la gendarmerie vaudoise (AHGV) pour réunir les fonds nécessaires à l'institution, unique en Suisse. La vente du livre de Jean-Philippe Narindal et les dons de ses 400 membres, essentiellement des gendarmes en exercice ou d'anciens agents, ont permis l'acquisition de certaines pièces, l'essentiel provenant des stocks disparates de la gendarmerie.

L'inauguration tombe pourtant à point nommé: avec la mise en œuvre progressive de sa nouvelle constitution, le canton de Vaud est en plein bouleversement. Coïncidence historique: il a enterré mardi une autre de ses institutions bicentenaires. Les députés ont en effet entériné au début de la semaine un nouveau découpage territorial, sonnant le glas des 19 districts datant eux aussi de 1803. La date est donc idéale pour la gendarmerie, qui affirme ainsi sa pérennité face aux profondes réformes étatiques en cours.

De l'éthylomètre au vin

Le lieutenant-colonel Bergonzoli ne le cache d'ailleurs pas: si le musée a un rôle historique, il servira également de vitrine pour l'institution en mal de reconnaissance publique et politique.

L'exposition actuelle s'ouvre sur trois soldats de Napoléon, histoire de rappeler la filiation des pandores vaudois avec les armées de Bonaparte. A ses débuts, la gendarmerie engageait en priorité les soldats de retour des batailles européennes de l'empereur. Les premiers uniformes officiels, présentés dans la première salle, témoignent encore de ce passé commun.

Le reste du musée présente l'évolution du matériel et des vêtements, des motos Harley-Davidson aux premiers radars.

Le tout se terminant sur l'uniforme impressionnant d'un homme du Détachement action rapide et dissuasion (DARD). Derrière cette rigueur affichée, la gendarmerie conserve pourtant sa bonhomie: seuls quelques mètres séparent les différents modèles d'éthylomètres et les bouteilles de vin du bicentenaire vendues par l'AHGV...