Trois jeunes courent sur les quais et sautent d'un bond dans le métro. Juste à temps, les portes se referment. «Un embarquement parfait, comme à Paris!» Eric Studer est ingénieur civil à la retraite. Et ancien guide sur le chantier du M2. Hier soir, il officiait comme guide conseil sur le quai du métro à la station de la gare. A l'heure de pointe les rames défilent toutes les trois minutes environ, les quais se noircissent de monde rapidement, par vagues, au rythme de l'arrivée des trains CFF. Eric Studer est là pour pemettre aux voyageurs d'apprivoiser leur tout nouveau métro, pour faciliter l'embarquement des passagers. «Stop! On ne rentre plus!» crie-t-il à une jeune fille qui allait forcer les portes des rames.

Maudites portes

Forcer les portes, le cauchemar des exploitants du M2. Contrairement au M1 (ex TSOL) ou aux métros de Paris ou de Londres, lorsque le signal sonore de départ résonne, on ne peut plus entrer dans les rames car les portes ne s'ouvriront plus. Tout au plus relâcheront-elles leur pression pour libérer le bras ou la jambe pris en étau. Si le passager résiste, le système se bloque. Et c'est la panne. Et des pannes, il y en a eu. Deux, qui ont chacune provoqué des interruptions de trafic de 50 minutes. L'une à 08h50 et l'autre à 13h, évitant ainsi les heures de pointe du matin et du soir, qui ont par contre été exploitées avec succès en tenant des cadences de trois minutes et en passant de six rames à onze. Il n'empêche. Grogne. Premiers passagers fâchés. «J'ai rendez-vous à 9h à Ouchy», s'inquiète une dame bloquée à la gare, qui arrivera finalement très en retard à destination. La plupart des passagers prennent toutefois la chose avec une certaine philosophie. A cette heure, nombre d'entre eux sont là davantage par curiosité que par nécessité et prennent leur mal en patience. «Ça promet», ironise un jeune homme amusé.

50 minutes coincés

Les deux pannes ont des origines diverses. La première est due à la forte déclivité de la station gare (12%). Une rame ne s'est pas arrêtée au bon endroit provoquant une «mise en sécurité de la ligne» et l'arrête des trains. L'autre incident a été provoqué par un passager qui a laissé la lanière de son sac à dos entre deux portes. Le système - ultrasensible - a détecté une porte non fermée ce qui a par la suite provoqué la panne, bloquant les passagers durant 50 minutes dans la rame concernée. Si l'origine des incidents est pour le moins mineure, les incidences le sont nettement moins. A chaque fois, tout le trafic a été interrompu durant presque une heure, obligeant les passagers à utiliser le réseau de bus.

«On espérait mieux»

Pour Jacques Filippini, porte-parole des TL, c'est là la parfaite illustration du rodage qui est en cours. A l'avenir, les incidents devraient être réglés beaucoup plus rapidement. «Mais on aurait espéré mieux pour cette première journée», reconnaît-il. Hier à 14h, et malgré les pannes, le M2 avait déjà transporté 25000 personnes et probablement plus de 50000 sur l'ensemble de la journée. A terme, les TL comptent sur une fréquentation de 60000 passagers quotidiens.

Entre les incidents, le service a eu lieu normalement. Pour cette première journée, de nombreuses personnes ont visiblement fréquenté la ligne par simple plaisir. Au terminus, à Epalinges, la plupart des passagers restaient dans le train pour redescendre avec au centre-ville. «Quand ça fonctionne, c'est formidable», s'enthousiasme un retraité qui joue au yo-yo entre Ouchy et Epalinges. Les TL ont engagé pour l'occasion un grand nombre d'auxiliaires pour informer le public à toutes les stations.

«Dans le fond, c'est un métro»

Dans les rames, certains passagers avaient déjà des airs d'habitués, plongés dans la lecture d'un journal ou d'un livre. Dans le fond, c'est un métro, résume quelqu'un. «On voit que de nombreuses personnes connaissent les métros des grandes villes», note Eric Studer à son poste. «D'autres sont plus passifs, ils doivent encore apprivoiser le M2.»

Cette journée de première mise en service a démarré à 05h26 avec une rame officielle dans laquelle se trouvaient une cinquantaine de personnalités vaudoises, parmi lesquelles le syndic de Lausanne Daniel Brélaz, le municipal des Travaux Olivier Français ou encore l'ancien conseiller d'Etat Philippe Biéler et plusieurs membres du Conseil d'Etat - Jean-Claude Mermoud, François Marthaler, Anne-Catherine Lyon et Pascal Broulis.