Le ministre PDC tessinois Paolo Beltraminelli, chef du département de la Santé et des Affaires sociales (DSS), est dans la tourmente. Lundi soir à Bellinzone, des citoyens «indignés» manifestaient devant le Parlement en réaction aux propos du conseiller d’Etat sur la société de sécurité Argo 1 et sa gestion des centres de requérants d’asile.

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L’affaire remonte au 22 février dernier lors d’une grande opération antiterroriste dans un centre d’asile où le titulaire d’Argo 1 et son bras droit ont été arrêtés. Le premier pour séquestre de personne, usure et violences envers un requérant d’asile, le second pour prosélytisme au profit de l’Etat islamiste.

Révélations sur le plateau

Les médias révélaient ensuite une succession d’anomalies graves concernant la société et ses rapports avec le DSS. A commencer par le fait que le mandat d’Argo 1, de près de 3,4 millions de francs, qui a duré plus de deux ans, n’a pas été soumis à un concours public ni entériné par le gouvernement. Si l’affaire n’a pas été discrètement balayée sous le tapis, c’est surtout grâce au témoignage d’un ancien agent de sécurité d’Argo 1 à l’émission Falò sur la RSI.

Il dévoilait que lorsque Argo 1 a reçu son mandat, elle n’était pas inscrite au Registre du commerce et ne disposait pas de suffisamment d’agents pour être opérationnelle. Les contrôles étaient annoncés à l’avance, des salaires étaient payés au noir et des Italiens travaillaient sans permis. La RSI ajoutait que d’importantes sommes d’argent sale provenant de l’ONG italienne Care Research auraient été recyclées à travers Argo 1.

C’est non seulement la crédibilité de Beltraminelli qui est mise à dure épreuve, mais celle de toute la classe politique qui n’a pas su gérer le cas Argo 1

Franco Gabriele Bolckau, secrétaire de la Jeunesse socialiste tessinoise

Présent sur le plateau, Paolo Beltraminelli a répété ce qu’il a déjà affirmé devant le Grand Conseil et la sous-commission parlementaire constituée en mars pour clarifier la situation: des erreurs de nature administrative – et non pénale – ont été commises par ses fonctionnaires. Il en assume la responsabilité politique, en attendant les résultats de l’investigation du Ministère public.

Démission du ministre réclamée

Parallèlement, une commission d’enquête parlementaire devra être formée. La démission du directeur du DSS est réclamée par les Verts, le Parti socialiste et le Mouvement pour le socialisme.

«C’est non seulement la crédibilité de Beltraminelli qui est mise à dure épreuve, mais celle de toute la classe politique qui n’a pas su gérer le cas Argo 1», déplore Franco Gabriele Bolckau, secrétaire de la Jeunesse socialiste tessinoise. Daniele Caverzasio, chef du groupe parlementaire de la Ligue des Tessinois trouve la contestation légitime: «C’est normal que les gens exigent certaines réponses qui tardent à arriver.» Quant à la crédibilité de Paolo Beltraminelli, «ce sera au peuple de répondre au moment des élections».