Œcuménisme

Le pape François à Bossey, symbole de l'unité des chrétiens

Le souverain pontife s’est rendu dans le château vaudois qui abrite l’Institut œcuménique, qui célèbre son 70e anniversaire et dont François dit apprécier «le rôle incontournable»

A l'occasion de la venue du Pape, Le Temps vous propose une série d'articles consacrés à l'événement:

Le symbole le plus fort de la visite du pape François en Suisse, qui représente l’unité et la réconciliation entre chrétiens, se trouve au château de Bossey. C’est là, caché derrière une forêt, à 18 kilomètres de Genève le long du Léman, dans le canton de Vaud, que se situe l’Institut œcuménique, un centre international du Conseil œcuménique des Eglises (COE) dévolu à la «rencontre, au dialogue et à la formation». Le souverain pontife argentin a choisi d’y passer une grande partie de l’après-midi.

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En trois heures, il ne prend jamais publiquement la parole. Tous les échanges sont privés. Son séjour vaudois commence par un repas en comité restreint. Huit autres personnes sont autour de la table: des représentants du COE et le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, un «ministère» du Saint-Siège. Ce déplacement se poursuit par un échange de dons dans le jardin de l’établissement, la visite d’une chapelle et la rencontre avec une trentaine d’étudiants de l’institut.

Ces derniers viennent de toutes les régions du monde et représentent différentes Eglises chrétiennes. «Ils ont été préparés à cette visite afin de mettre l’accent sur la formation, confie Amélé Ekué, professeur d’éthique œcuménique au sein de l’institut. Par des interviews, ils ont eu l’opportunité de parler de la foi, de la manière dont ils perçoivent l’unité [des chrétiens] à travers la sensibilité de leur contexte respectif.» L’enseignante a participé à l’organisation également logistique de la venue papale. «L’insistance du pape François à se rendre à Bossey signifie qu’il met l’accent sur l’aspect spirituel de cette visite», ajoute-t-elle, regrettant que le séjour du pape dans ce havre de paix n’ait pas été plus long.

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L’unité des chrétiens «ancrée dans le quotidien»

«Le Saint-Père est très reconnaissant pour l’invitation» à célébrer le septantième anniversaire du COE, explique Kurt Koch, lors d’une conférence de presse dans l’après-midi. Au même moment, le pape se repose dans une pièce de l’établissement. Lors du «très bon» repas, «nous avons discuté du concept d’unité, de ce qui est important, de ce que nous pouvons faire», détaille le cardinal suisse. «L’unité est à la fois un cadeau, mais aussi un devoir, lui fait écho le pasteur Olav Fykse Tveit, secrétaire général du Conseil œcuménique des Eglises, à ses côtés. Elle doit s’ancrer dans la réalité, dans le quotidien.» Dans le cas dans de problématiques comme l’immigration, par exemple.

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Dans son discours lors de la rencontre avec tous les leaders du COE, après avoir quitté Bossey pour Genève, François a «apprécié le rôle incontournable de l’institut dans la formation œcuménique des jeunes générations de responsables pastoraux et académiques de nombreuses Eglises et confessions chrétiennes du monde entier». Il prononçait alors son deuxième discours de la journée, toujours centré sur l’unité des chrétiens.

Le besoin d'«un nouvel élan évangélisateur»

«Ce dont nous avons véritablement besoin, a insisté le pape, c’est un nouvel élan évangélisateur.» Avec ces mots, le souverain pontife semble changer la priorité de l’œcuménisme, de l’unité vers l’évangélisation. «Comment les chrétiens peuvent-ils évangéliser s’ils sont divisés entre eux?» demande-t-il en effet. Quelques heures plus tôt, lors de la prière œcuménique, il affirmait que «l’œcuménisme est une grande entreprise en pure perte». Il regrette en effet le sentiment que «marcher ensemble, c’est travailler en vain, car on ne défend pas, comme il se doit, les intérêts des communautés respectives». Le pape a donc insisté sur le «souci du compagnon» plutôt que de «s’occuper commodément de [ses] propres affaires sans s’exposer aux risques du voyage». Enfin, il a condamné la «mentalité mondaine», soit la «défense de ses propres intérêts», responsable de la «division des chrétiens».

Quelques minutes séparent le sérieux de ces paroles théologiques des cris de joie accueillant le pape à Palexpo, où il célèbre la messe. Il quitte ainsi le monde œcuménique pour le monde catholique. Une contradiction du voyage? «Si le Saint-Père entre dans un pays où se trouve une communauté catholique, il est normal qu’il la rencontre, répond le cardinal Kurt Koch. L’absence d’une rencontre avec les catholiques ne servirait pas l’œcuménisme, car cela pourrait donner l’impression aux fidèles que le pape n’est venu que pour les autres.»

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