Les cantons opposés au paquet fiscal voté par le parlement en juin ont jusqu'au 9 octobre pour déposer leur référendum, selon le délai fixé mercredi dans la Feuille fédérale. Ils devront être au moins huit pour que la procédure aboutisse. A ce jour, la décision a été déjà prise par Saint-Gall, où elle est du ressort du seul exécutif, ainsi que par Berne et Soleure, dont les parlements ont soutenu leur gouvernement. De nombreux autres Conseils d'Etat sont favorables en principe, comme Vaud, Fribourg, Valais, Neuchâtel, Tessin, Zurich, Berne, Obwald, Argovie, Schaffhouse ou les Grisons, mais la décision dépend encore de leur parlement. L'aboutissement d'une démarche utilisée pour la première fois dans l'histoire de la Confédération est loin d'être une formalité: les partisans du référendum devront dominer un calendrier très rapide et des débats politiques animés en pleine période pré-électorale. Elle est aussi lourde d'enjeux. Questions au démocrate-chrétien Urs Schwaller, chef du Département des finances du canton de Fribourg.

Le Temps: Fribourg s'associera-t-il au lancement du référendum? Ni votre parti, le PDC, ni les radicaux, ne semblent acquis à l'idée.

Urs Schwaller: Le Conseil d'Etat est unanime à rejeter le paquet fiscal fédéral et à envisager le référendum. Nous prévoyons de soumettre un projet au Grand Conseil à la session de septembre. Parallèlement, une motion était dans l'air au parlement. Le PDC, parmi d'autres, n'a pas voulu soutenir l'urgence. Le débat sur le fond n'a pas eu lieu, mais nous savons qu'il y a des réticences. Nous ferons une réévaluation en septembre.

– Quel sera le critère déterminant?

– Pour réussir, il est indispensable que quelques grands cantons, avec une majorité de l'opinion acquise à la cause, soient partants dès le départ. De petits cantons comme Fribourg ne peuvent être chefs de file. Si tel n'est pas le cas, le Conseil d'Etat devra revoir sa décision. Huit cantons représentent un strict minimum, il faudrait à mon avis en réunir les deux tiers.

– Est-ce difficile de réunir assez de cantons?

– Le risque d'échec existe. A Berne, mon collègue Urs Gasche n'a pas eu le soutien de son parti, l'UDC, et au parlement il a été suivi d'extrême justesse. A Lucerne, le parlement a refusé l'urgence. Ce sont des indications que les discussions seront ardues dans plusieurs cantons. Maintenant que le Parti socialiste et les Verts se sont lancés dans la bataille, il ne sera que plus difficile encore de trouver des majorités politiques dans les cantons. Le dossier ne manquera pas d'être exploité à des fins électorales juste avant les fédérales d'octobre.

– Quelles sont les conséquences pour Fribourg?

– Le volet immobilier occasionnera en 2008 une perte globale de 30 à 40 millions de francs, moitié pour le canton, moitié pour les communes. C'est le seul que nous contestons. Mais ce qui nous rend la tâche très difficile, c'est que le Conseil d'Etat a toujours soutenu l'autre pan, les allégements fiscaux pour la famille. Nous œuvrons du reste dans ce sens sur le plan cantonal: en septembre nous proposerons des réductions supplémentaires au parlement, en réponse à sept motions. Nous avons toujours été opposés au fait de lier dans un même paquet famille, droit de timbre et valeur locative. Le chapitre «famille» du paquet fédéral doit absolument passer la rampe, même s'il entraînera dès 2005 une perte de 15 millions de notre part à l'Impôt fédéral direct.

– Alors comment le défendre?

– Beaucoup de gens redoutent qu'en combattant le paquet on finisse par tout perdre. Les cantons doivent donc creuser l'idée consistant à lancer des initiatives pour sauvegarder ces mesures. Si la population n'a pas l'assurance que les allégements fiscaux pour les familles seront maintenus, on peut prédire l'échec assuré du référendum!

– Au-delà du paquet fiscal, les cantons semblent se révolter contre la manière dont on les traite…

– Ce qui est grave, c'est que nous sommes à la veille de mettre en place la nouvelle péréquation financière. Or, en multipliant transferts et reports de charges, on change les données de base et l'on met en péril le succès de l'entier de cette opération. Il faut rappeler que la nouvelle péréquation avait justement parmi ses buts de renforcer la position des cantons dans le fédéralisme. Pour éviter qu'ils ne soient plus que de simples caisses enregistreuses. Avec ce référendum, dont l'utilisation serait une première historique, les cantons testent leur capacité à se défendre en tant qu'acteurs du système, à changer la vie si vous voulez.

– S'ils échouent?

– C'est là que je vois le véritable enjeu. Ils ne peuvent pas se permettre un échec, ni pour le délai d'octobre, ni devant le peuple. Car alors ils s'affaibliraient durablement et perdraient les autres batailles à venir. C'est pourquoi ils ne doivent se lancer que s'ils sont très sûrs de leur affaire. Chaque citoyen est aussi un contribuable!