Le référendum populaire lancé par l'extrême gauche contre le paquet fiscal risque-t-il de torpiller celui des cantons? Ce n'est pas impossible. Le recours au droit de référendum cantonal, instrument encore jamais utilisé, traduit le souci des cantons de perdre des recettes fiscales importantes. Il n'est en revanche pas l'expression de l'indignation d'une minorité politique envers une majorité. Concrètement, le référendum cantonal «ouvre un débat qui traverse les partis et n'est plus une simple opposition gauche-droite», résume le porte-parole du Parti socialiste, Jean-Philippe Jeannerat.

En décidant de lancer un référendum populaire de gauche, les Verts, le Parti du travail, SolidaritéS, la Liste alternative de Zurich et quelques autres formations ont modifié la donne. Ils ont repolitisé la démarche, ce qui pourrait refroidir certains parlements cantonaux lorsqu'ils auront à se prononcer, à la rentrée, sur leur soutien au référendum cantonal. Il faut rappeler que ce droit populaire requiert le soutien de huit cantons. A ce jour, trois appuis sont déjà acquis: ceux de Berne, de Soleure et de Saint-Gall. Douze exécutifs proposent à leur législatif de se joindre au mouvement, mais les décisions ne seront prises qu'après la pause estivale. Or, d'ici là, certains de ces parlements, où la droite est en règle générale majoritaire, pourraient renoncer.

Radicaux et libéraux pour le paquet

D'un côté, la campagne lancée par les partis de gauche pourrait les inciter à la prudence. «Le choix de politiser le débat va sans doute durcir les discussions dans les parlements. La demande de référendum de la gauche n'est pas un gage de succès pour celle des cantons», commente la responsable des Finances genevoises, Martine Brunschwig-Graf, qui tient à souligner «l'importance pour Genève» du volet le moins souvent évoqué du paquet fiscal, l'allégement du droit de timbre.

De l'autre, les centrales politiques ont décidé de mettre la pression sur leurs conseillers d'Etat et leurs députés cantonaux. «Nous avons mené une enquête auprès des présidents de nos sections cantonales. Il en ressort le sentiment que les membres sont favorables au paquet fiscal, alors que les chefs des départements cantonaux des finances ont une autre approche», confie la présidente du PRD, Christiane Langenberger, qui soutient le paquet fiscal après en avoir combattu le volet logement au Conseil des Etats. Le Parti libéral suisse (PLS) a également pris position en faveur de cette réforme. Il «regrette l'intention de certains cantons de lancer un référendum et condamne fermement la tentative de partis de gauche de s'y opposer par le biais d'un référendum populaire». Il annonce qu'il «y répondra par un engagement approprié», a-t-il annoncé.

Auteur d'une chronique publiée dans la revue politique Domaine public, l'ancien conseiller d'Etat André Gavillet s'est lui aussi penché sur la question. «Les cantons s'attaquent à une décision du parlement où les mots d'ordre ont joué un rôle décisif. Les mêmes partis tiennent les rênes dans les cantons, par exemple en Suisse centrale où le PDC s'est fortement engagé […] pour faire aboutir le paquet. Réussiront-ils à bloquer la réaction des cantons? Intérêt cantonal contre intérêt partisan. Passionnant à observer», écrit-il.

Le PS se place dans une position identique. «Nous soutenons clairement le référendum des cantons. Ils doivent mener une réflexion sur les conséquences directes du paquet fiscal. Il est essentiel d'impliquer les décideurs locaux, car ils ont d'autres logiques que les parlementaires fédéraux. Ils sont mieux à même d'analyser ce que le paquet fiscal implique en termes de prestations de l'Etat. Beaucoup de politiciens du camp bourgeois voient par exemple que le volet logement pose d'énormes problèmes», plaide Jean-Philippe Jeannerat. Un soutien du PS au référendum populaire de la gauche n'entrera en ligne de compte que si celui des cantons n'aboutissait pas, glisse encore le porte-parole du PS.